Normandie : polémique autour de "D-Day Land", un parc touristique sur le Débarquement

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Le mémorial britannique de la Seconde Guerre mondiale, sur la plage de Gold Beach, à Ver-sur-Mer. © Joël Saget, AFP
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Soutenu par le Conseil régional de Normandie, le projet de parc touristique consacré au Débarquement, "D-Day Land", divise les habitants de la région. Alors que les promoteurs du parc défendent un spectacle censé raconter l'Histoire "de la manière la plus captivante possible", des milliers de Normands s'opposent à un "parc d'attraction de la guerre", qui choque nombre de familles d'anciens combattants.

En Normandie, la polémique enfle autour d'un projet touristique consacré au Débarquement, baptisé "D-Day Land". Le parc doit voir le jour en juin 2024 à l'occasion du 80e anniversaire du Débarquement. Mais plusieurs opposants à ce projet le qualifient de "parc d'attraction de la guerre", et dénoncent une volonté de créer l'émotion.

"Je ne vois rien de choquant"

C'est un gros projet d'"Hommage aux héros", un spectacle de 50 minutes mêlant images d'archives et comédiens, essentiellement financé par des fonds privés et soutenu par le président de Région, le centriste Hervé Morin. Et le sujet est hautement explosif. "Raconter l'Histoire de la manière la plus captivante possible, je ne vois rien de choquant", défend l'historien et promoteur du projet, Régis Lefèvre. "En quoi faire un documentaire vivant est quelque chose qui pourrait trahir l'histoire ? Ce n'est pas le Puy du Fou !", poursuit-il.

"C'est inhumain, on ne fait pas d'argent sur un truc pareil !"

"D-Day Land" est prévu pour offrir du grand spectacle. Une tribune de 700 places circulant sur un rail de 600 mètres de long et traversant plusieurs bâtiments, le tout encadré par des historiens de renoms. Malgré cela, le projet ne passe pas et des milliers de Normands se mobilisent contre ce qu'ils appellent un "Disneyland du Débarquement".

"Tout le monde est sidéré. La guerre, la mort et les souffrances ne sont pas matière à spectacle", dénonce Maxie Croze, ancienne professeure à l'université de Caen. "Les familles sont choquées de savoir que de leur père ou grand-père, on en fait un acteur", dit-elle encore. "Je n'ai pas envie de revivre la guerre en tableau humain, c'est inhumain. On ne fait pas d'argent sur un truc pareil !". Le projet semble pourtant en bonne voie. Objectif : attirer 600.000 visiteurs par an.

Europe 1
Par François Coulon, édité par Pauline Rouquette