Comment la voix peut-elle être source de désir sexuel ?

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Invité de "Sans Rendez-vous", Alexis Himeros revient sur son podcast érotique qu'il a baptisé "Le son du désir". Une invitation au désir et au plaisir par sa seule voix. De son côté, la sexologue et psychanalyste Catherine Blanc explique comment l'absence d'images pousse l'imagination des auditeurs, et engendre l'excitation. 
INTERVIEW

>> Une simple voix comme source de désir. Avec son podcast érotique "Le son du désir", Alexis Himeros veut faire (re)découvrir un désir sans complexe par la voix, à mille lieues de ce que propose la pornographie. Un projet qu'il a mené à bien après s'être notamment rendu compte dans sa vie personnelle que le "téléphone était une façon formidable de créer une intimité charnelle très précieuse". Invité de "Sans Rendez-vous", il explique les tenants et les aboutissants de son podcast hebdomadaire, tandis que la sexologue et psychanalyste Catherine Blanc revient sur les avantages de l'érotisation par la voix, qui laisse une plus grande place à l'imagination. 

Un voyage dans un monde onirique et sensuel

Rebuté par ce que proposent les sites pornos qui pullulent sur le net, avec des pratiques "avilissantes et dégradantes" pour les femmes, Alexis Himeros a voulu proposer une alternative loin de la vulgarité. Avec son podcast, qui se veut un voyage dans "un monde onirique et sensuel", il amène ses auditeurs à découvrir "de nouvelles choses". "Peut-être se réapproprier leur sexualité, leur corps ou imaginer découvrir d'autres corps." 

Pour ce faire, le principe derrière "Le son du désir" est simple : "votre amant, dont vous ne connaissez que la voix, vous laisse un message audio érotique." Un podcast surtout destiné au départ aux femmes, mais qui rencontre également un certain succès parmi la gent masculine, puisque "20% des abonnés sont des hommes", indique Alexis Himeros. "Une super fierté."

L'absence d'images, une libération pour l'imagination

Loin du trash habituel véhiculé par la pornographie, les messages érotiques délivrés dans "Le son du désir" invitent au contraire au "slow sex", rebondit la sexologue et psychanalyste Catherine Blanc. "On se donne la liberté de prendre une place dans la construction érotique." Une liberté mue par l'imagination, puisque le support de cette érotisation est audio. Et c'est d'ailleurs une des forces du concept, rappelle Catherine Blanc. 

"C'est justement parce qu'il n'y a pas d'image" que la voix peut mener à l'excitation. "L'image est bloquante, car elle offre un imaginaire limité vis-à-vis de ce qui est proposé." Là où une vidéo pornographique va faire subir la scène à notre imagination, la voix "va permettre la rêverie". Un mécanisme bien connu, puisqu'il opère également entre un film et un roman. "C'est la liberté de pouvoir construire quelque chose et d'y mettre nos propres situations, nos émotions, des visages. D'où l'importance d'une voix qui, certes racontent des choses classiques, mais permet de voir des corps qui puissent être caressés."

Un concept qu'Alexis Himeros pousse jusqu'au bout, puisqu'il est apparu masqué lors de l'interview. Un masque qui lui recouvre la partie supérieure du visage non pas par crainte d'être reconnu, mais pour ne pas imposer son visage à l'imaginaire de ses auditeurs. 

Europe 1
Par Ugo Pascolo