Chute d'une manifestante à Nice : le procureur a-t-il voulu préserver Emmanuel Macron ?

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Le procureur de Nice n'a pas été sanctionné (photo d'archives).
Le procureur de Nice n'a pas été sanctionné (photo d'archives). © AFP
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Jean-Michel Prêtre avait initialement disculpé les policiers accusés d'avoir fait chuter la militante Geneviève Legay lors d'une manifestation de "gilets jaunes" en mars. D'après "Le Monde", le magistrat ne voulait pas donner une version trop divergente de celle du président de la République.

Il avait d’abord dédouané avec force les policiers accusés d’avoir fait tomber Geneviève Legay, cette militante grièvement blessée alors qu’elle participait à une manifestation interdite de "gilets jaunes" à Nice le 23 mars dernier, avant de se dédire. Le procureur de Nice s’est expliqué face à sa hiérarchie avec un bien étrange argument, révèle Le Monde mercredi. Le magistrat a en effet expliqué n’avoir pas voulu embarrasser Emmanuel Macron.

Un changement de version en quelques jours

Dans ce dossier, le président de la République s’était exprimé avant même le procureur, dans les colonnes de Nice-Matin, en affirmant que Geneviève Legay "n’[avait] pas été en contact avec les forces de l’ordre". Deux jours après, Jean-Michel Prêtre avait soutenu cette même version, en dépit des images existantes de la scène... Avant de faire volte-face quatre jours plus tard, affirmant que la chute de la militante était bien dû à un "geste d’écartement du bras" d’un policier.

Convoqué par sa hiérarchie à la demande de la ministre de la Justice et du directeur des services judiciaires, le procureur a expliqué n'avoir pas voulu donner une version trop différente de celle du chef de l'Etat, selon Le Monde. D’après nos informations, le procureur de Nice a bien eu des propos de cette nature, parmi les arguments qu’il a avancés lors de cette audition. Europe 1 n'a pas connaissance de la phrase exacte prononcée par le magistrat. 

"Le procureur s'éloigne de la vérité dans ce dossier"

Mais l'emploi-même de l'argument fait réagir jusqu’au plus haut niveau. "C’est se jeter dans les orties : quand on est procureur on doit avoir une déontologie", s'étouffe une source proche du dossier. Interrogée par Europe 1, la présidente de l'Union Syndicale des Magistrats (USM) Céline Parisot évoque elle des propos "à minima maladroits, au pire complètement déplacés". "On voit bien que le procureur s'éloigne de la vérité dans ce dossier par crainte de déranger le pouvoir exécutif. Il n'est pas du tout crédible dans les explications qu'il donne par la suite. Changer de version quatre jours après à partir des mêmes éléments d'information de départ, c'est quelque chose qui n'est pas admissible..."

Le syndicat "réclame depuis longtemps que l'on rompe ces liens entre le pouvoir exécutif et les procureurs, en donnant au parquet une indépendance bien plus large", poursuit Céline Parisot, rappelant que la ministre de la Justice est responsable des nominations et de la discipline des magistrats du parquet. "Le risque c'est d'avoir des procureurs qui ne soient pas parfaitement indépendants, pour des raisons de carrière ou de craintes pour eux-mêmes."

Le procureur de Nice n’a lui pas été sanctionné, malgré une autre erreur dans ce dossier : celle d’avoir nommé pour mener l’enquête la compagne du policier qui a ordonné la charge… Face à ce fiasco, l’enquête sur les faits a été dépaysée à Lyon

Europe 1
Par Salomé Legrand, édité par Margaux Lannuzel