Célibataire à 71 ans, Danielle veut vivre ses vieux jours dans une colocation de séniors

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Danielle a divorcé quand elle avait 63 ans. Elle est aujourd’hui âgée de 71 ans et vit seule. Indépendante depuis toujours, elle ne veut pas finir sa vie dans une maison de retraite ou dépendre de ses enfants. Elle explique à Olivier Delacroix avoir alors pour projet de vivre dans une colocation de séniors.
TÉMOIGNAGE

Danielle a 71 ans et vit seule. Ancienne danseuse de cabaret, elle dit avoir mené une vie trépidante. Elle s’est mariée et a divorcé trois fois. Elle avait 63 ans quand elle a divorcé pour la dernière fois. Très attachée à son indépendance de toujours et fermement opposée à l’idée d’intégrer une maison de retraite, Danielle a pour projet de créer une colocation de séniors pour vivre ses vieux jours entourée. Elle confie à Olivier Delacroix que ce projet de colocation repose sur sa volonté de ne pas dépendre de ses enfants quand elle sera plus âgée.

 

Le jour de son troisième et dernier mariage, Danielle avait prévenu son mari, de 25 ans son cadet, qu’elle le quitterait un jour : "Je lui ai dit : ‘Virgile, un jour, le temps va passer et il y aura trop de distance. Je vais vieillir beaucoup plus vite que toi. Je déciderai que je ne veux plus que tu me regardes telle que je suis parce que si je ne me plais pas, j'ai peur de ne plus te plaire’. Je basais beaucoup les choses sur le physique. C'est ma vie antérieure trépidante de danseuse qui le veut, pendant laquelle j'ai fréquenté des gens très beaux. 

Non pas que j’axe tout sur le physique. Je m'en fiche de vieillir et d’avoir des rides, mais je ne veux pas voir dans les yeux de l'homme avec qui je vis que j'ai des rides. Je ne suis pas assez forte pour supporter cela. Un jour, je lui ai dit qu’il était temps de partir. Je sentais inconsciemment qu'il n'allait pas pouvoir continuer avec moi. Je l'ai vu pleurer. Il m’a dit qu’il était bien avec moi, mais je lui ai répondu qu’il ne le serait peut-être plus dans un an.

" J'ai toujours eu peur qu'on me quitte "

J’ai précipité les choses, mais ça a toujours été comme ça. Ça vient de l'enfance. J'ai toujours eu peur qu'on me quitte, la peur de l’abandon. Je n'ai pas de père, je ne sais pas qui c'est. J'ai toujours eu l'impression que ce père m'a abandonnée. Cet homme, le premier homme de ma vie, m'a abandonnée. C’est inconscient, mais je ne voulais plus qu'un autre homme m'abandonne. J’ai peut-être quitté Virgile un peu tôt, mais c'était très bien pour lui parce qu'il a pu faire sa vie. Il est maintenant avec une jeune femme et c'est très bien. Nous sommes restés très amis. 

Moi, je cherche un pote, un copain, un ami. C'est très important. Il n'y a pas d'ambiguïté dans ce cas-là. Je crois qu'il me serait nécessaire de rencontrer mon alter ego, c'est à dire quelqu'un qui pense comme moi, qui est un peu foldingue dans sa tête. Je ne dis pas que je suis foldingue, mais du jour au lendemain, je peux dire : ‘Si on partait pour la Thaïlande ?’ Les choses figées et guindées, ça m’angoisse. Pour moi, il faut qu'il y ait une perspective et aller de l'avant."

" Je ne veux pas être dans une maison de retraite "

Danielle a un projet de vie. Elle aimerait créer une colocation de séniors pour ne pas finir sa vie isolée : "Je sais qu'un jour je vais quitter ce bas monde, mais je veux bien le quitter. Je ne veux pas être dans une maison de retraite. Je pense que dans vingt ans beaucoup de séniors seront en colocation. Les séniors feront de la colocation au lieu d'aller dans les maisons de retraite. Mon objectif, c'est que l’on soit trois, grand maximum. C'est ingérable sinon. Surtout, il ne faut pas vivre avec des couples. Il faut que tous soient des gens seuls." 

En hiver, Danielle s'installe chez son amie Marie-Dominique, divorcée elle aussi. Cette dernière voit dans cette cohabitation, un semblant du projet de colocation de Danielle. Psychologue, Marie-Dominique aborde la difficulté de partager son quotidien : "Je crois que l'erreur que pourrait faire Danielle, ça serait de vouloir rencontrer quelqu'un qui soit trop comme elle. Or, je crois que la colocation peut fonctionner parce que les gens sont complémentaires, pas à l'opposé, ni pareils. Être complémentaires, c’est savoir respecter la différence. De temps en temps, on se fritte et c'est nécessaire. Sinon, on ne se rencontrerait pas. Parfois, on se rencontre un peu fort, parfois, on est plus tranquilles."

" Je ne veux pas être à la charge de mes enfants "

Il est difficile pour les deux amies célibataires de trouver un compagnon. Marie-Dominique déplore un décalage avec les hommes de leur génération : "C'est un problème générationnel, d’éducation et de représentation de la compagne. Nous, on a vécu toute cette évolution avec la pilule et la façon dont la femme s'est émancipée. Ce n'est pas quelque chose que les hommes de notre génération ont choisi de gaieté de cœur. Je n'ai pas envie d'être celle qui va laver les chaussettes et repasser les chemises."

Danielle s'est envolée pour le Maroc. Elle espère trouver là une meilleure qualité de vie et faire aboutir son projet de colocation : "Au Maroc on arrive à vivre mieux qu'en France. J'ai vu une très jolie maison dont le loyer était aux environs de 980 euros. Ça pourrait correspondre pour une colocation, parce qu’il y a trois chambres et des lieux assez vastes pour ne pas se bousculer et pouvoir se retirer si on en a envie. Pour moi, l'intérêt de la colocation, ce n'est pas de trouver une maison ; c'est de d'abord trouver les personnes. La clé, c'est de pouvoir se connaître avant et de trouver la maison ensemble."

 

Si Danielle cherche à tout prix à faire aboutir ce projet de colocation, c’est parce qu’elle veut finir sa vie indépendante, comme elle l’a toujours été, sans dépendre de ses enfants : "L’avis de mes enfants compte beaucoup. Je veux écouter ce qu'ils ont à dire parce que je ne les écoutais pas trop. Je les ai mis devant des faits durs qu’ils n'ont pas très bien compris. Je ne leur expliquais pas. Je parle de mon troisième mariage. Ça a été dur pour eux. Ils imaginaient que leur mère était devenue folle. Je faisais toujours tout seule. J'ai l'habitude, depuis tellement d'années, de prendre mes décisions seule. Moi, la famille, je ne sais pas ce que c'est. 

Je ne veux pas être à la charge de mes enfants. Dépendre de ses enfants, ce n'est pas possible. Il y a certains endroits dans le monde où les grands parents vivent avec la famille. C'est bien, mais je ne pourrais pas. Je ne pourrais pas parce qu'il y aurait une gêne. Les enfants ont l'idée que les parents faiblissent. Je ne veux pas être quelqu'un de faible dans leurs yeux. Je veux qu’ils se disent : ‘Maman, elle est super’, mais pas : ‘Maman a des soucis et elle est malheureuse.’ Il faut qu'ils soient heureux d'avoir une mère qui ne les ennuie pas."

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Europe 1
Par Léa Beaudufe-Hamelin