Ce que l'on sait de ces centaines d'écoles qui vont définitivement fermer cet été

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Sur les 400 écoles concernées, 250 concernent un regroupement de classes ou une fusion d'écoles. Dans 112 cas, il s'agit de fermetures simples.
Sur les 400 écoles concernées, 250 concernent un regroupement de classes ou une fusion d'écoles. Dans 112 cas, il s'agit de fermetures simples. © Pixabay / Creative Commons
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Plus de 350 écoles vont fermer leurs portes cet été, et ne les rouvriront pas à la rentrée. Emmanuel Macron l'avait pourtant promis : aucune école ne fermera sans l'accord du maire.
LE TOUR DE LA QUESTION

C'était lors d'un discours, en avril dernier. Emmanuel Macron énonçait alors son souhait de "ne plus avoir, d'ici à la fin du quinquennat, de nouvelles fermetures d'écoles sans l'accord du maire". Pourtant, selon Le Parisien mardi, près de 400 écoles primaires devraient définitivement fermer leurs portes cet été. Que sait-on de ces fermetures ? Les élus ont-ils vraiment donné leur accord ?

400 ou 359 écoles fermées ? 

Sur les chiffres précis, tout d'abord, certaines incertitudes perdurent. "Selon une enquête du ministère de l'Education nationale, actualisée au 14 mai, 400 écoles doivent disparaître à la rentrée. Pour 150 d'entre elles, la décision relève de l'administration (ce sont des fermetures simples ndlr). Le chiffre, initialement de 186, a d'ailleurs été revu à la baisse. Toutes les autres, 250, résultent de fusions et de regroupements 'préparés en concertation avec les élus'", détaille Le Parisien.

Mais Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Education nationale, invité mardi du Tour de la question sur Europe 1, assure que le chiffre est aujourd'hui moins élevé. Sur les 400 écoles évoquées, 250 concernent bien un regroupement de classes ou une fusion d'écoles. Dans 112 cas, il s'agit de fermetures simples. Quant aux 41 cas restants, Jean-Michel Blanquer assure qu'il s'agit d'écoles qui auraient dû fermer dans un premier temps en raison d'un trop petits nombres d'enfants, mais qui ne fermeront finalement pas, après demande du maire. 

"Chaque fois que le maire a souhaité rouvrir l'école, nous l'avons fait. C'est le cas pour 41 d'entre-elles cette année, pour lesquelles des fermetures étaient prévues. Ce sont souvent des écoles à classe unique, avec une dizaine d'élèves. On est capable de faire du cas par cas", assure le ministre, citant par exemple le cas de villages de montagne où il existe une trop longue distance avec l'autre école la plus près.

Les élus ont-ils vraiment leur avis à donner ? 

Selon le Parisien, les décisions des fermetures ont bien été prises par les maires ou les communautés de communes. Ce pourquoi Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Education, assure que la promesse du président "sera tenue à 100%". "Ce sont les communes elles-même qui le souhaitent. Soit car il y a des regroupements d'écoles, soit parce que les communes prennent acte qu'il y a peu ou pas d'enfants et que c'est dans l'intérêt des enfants de regrouper les classes dans un autre village", assure-t-il. "L'image d'une Education nationale insensible à l’affaiblissement de la ruralité est évidemment fausse. Je suis moi même le premier défenseur de l'école rurale. [...] La rentrée prochaine sera celle où il y aura le moins de fermetures depuis de nombreuses années", se défend encore le ministre.

Pour autant, s'il est évident que de nombreux maires donnent leur accord à des fermetures d'écoles, certains doutent que cela soit véritablement systématique. "Je suis étonné que les maires soient favorables à la fermeture d'une école. C'est le seul tissu social qui reste pour les villages ruraux (moins de 500 habitants), qui ont vu disparaître petit à petit les postes, les commerces, les trésoreries. Lorsqu'une école ferme, c'est un crève cœur pour les citoyens [...] et pour les élus", estime pour sa part Jean-Michel Burel, instituteur à la retraite et maire de Saint-Just-et-Vacquières, dans le Gard, sur Europe 1.

Entendu sur europe1 :
De toute façon, il n'y aura pas d'enseignants devant vos élèves, donc regroupez-vous

Des doutes que partage Nicolas Soret, président socialiste du pôle d'équilibre territorial et rural (PETR) du nord de l'Yonne, pour qui la réalité est un peu plus complexe que ne le laisse entendre le ministre. "Certains maires ont eu le temps de travailler leur projet de fermeture, mais d'autres l'ont fait sous la contrainte. Il faut savoir comment on obtient l'avis des maires. Dans certains cas, on leur dit : 'De toute façon, il n'y aura pas d'enseignants devant vos élèves, donc regroupez-vous'".

"D'abord on ferme une classe, puis une deuxième, et on finit par se rendre compte que l'on ne va pas faire école devant une seule classe. Tout ça dans un temps très restreint. La concertation n'existe pas, on n'a pas le temps de la mettre en place", déplore encore l'élu socialiste. Et d'enchaîner : "Chaque année, c'est le même schéma. Les parents qui montent au créneau, les élus qui apprennent par la presse qu'ils sont concernés par la fermeture d'une école... Dans les 400 écoles, le ministre trouvera évidemment des élus qui sont d'accord. Mais il faut avoir une vision beaucoup plus globale. C'est bien parce qu'on a affaibli la ruralité depuis de nombreuses années et que l'on a du mal à attirer des jeunes ménages que l'on ferme des classes. Et lorsqu'on ferme des écoles, on nuit à la ruralité".

La démographie, le cœur du sujet ? 

Sur ce point, Nicolas Soret rejoint l'avis de Jean-Michel Blanquer. Selon lui, il s'agit de rendre les communes rurales plus attractives. Sinon, les fermetures d'écoles seront effectivement inéluctables. "Le vrai problème derrière ça, que tout le monde doit se poser, c'est la démographie. Il manque 50.000 à 60.000 enfants à naître chaque année, notamment en milieu rural. Quand il n'y a pas d'enfants, il n'y a pas d'école, malheureusement", concède le ministre. Comme le rappelle Le Parisien, ce phénomène fait que "les écoles de village, progressivement, se concentrent en Regroupements pédagogiques concentrés (RPC)", des "mégastructures plus modernes, bien équipées, qui poussent dans la France périphérique pour accueillir parfois plusieurs centaines d'élèves". "Ce sigle sonne le glas de nombreuses écoles de village", poursuit le journal. 

"Rien n'est perdu d'avance", tempère, toutefois, Cécile Gallien, maire (LREM) de Vorey (Haute-Loire) et vice-Présidente de l'association des maires ruraux de France. Dans une note d'optimisme, elle appelle les élus à ne jamais abandonner. "Dans notre commune, on s'est battu il y a huit ans pour sauver une classe, pour avoir un enseignant. Il est arrivé au bout de 15 jours, la classe s'est maintenue et après, la démographie est remontée", raconte-t-elle. Et de conclure : "Il faut se battre jusqu'au bout".