Bipolaire, Loïc s'en veut d'entretenir deux relations amoureuses en même temps

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Loïc est bipolaire et se présente comme un cœur d’artichaut. Il fréquente actuellement deux femmes en même temps, cachant à chacune la nature de sa relation avec l’autre. Au micro d’Olivier Delacroix, sur "La Libre antenne" d’Europe 1, Loïc confie regretter de les faire souffrir l’une et l’autre.
TÉMOIGNAGE

Loïc a été diagnostiqué bipolaire quand il avait 50 ans. Il explique que, dans ses phases maniaques, lorsque son humeur est très haute, il est porté sur l’alcool, le tabac, les achats compulsifs et le sexe. Il se présente alors comme un cœur d’artichaut. Actuellement, il entretient deux relations amoureuses en même temps. Il s’en désole car il a conscience de faire souffrir les deux femmes qu’il fréquente. Au micro de "La Libre antenne", sur Europe 1, Loïc se confie sur sa vie sentimentale compliquée.

"J’ai 65 ans. Je suis cœur d'artichaut et bipolaire. La maladie bipolaire se caractérise par des phases très basses, c’est la dépression qui peut aller jusqu'à la mélancolie. En termes psychiatriques, la mélancolie est le bas de la dépression qui peut conduire au suicide. Le contraire de la dépression, c'est la phase maniaque, où l’humeur est très haute et l'on fait n'importe quoi. Ça peut monter très haut jusqu'à la mise en danger de soi-même et des autres. 

Dans les phases maniaques, il y a des comorbidités, comme l'alcool et le tabac auxquels j’ai largement touché. Aujourd'hui, j'ai une BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive) et un emphysème, ce sont de gros problèmes pulmonaires. Il y a aussi les drogues et le jeu auxquels je n’ai jamais touché. Quand on est très haut, on se met en danger soi-même et on met en danger les autres, sur la route notamment. Pour finir, il y a le sexe. On en revient au cœur d'artichaut. 

" Je rends mes compagnes malheureuses "

Le cœur d'artichaut que je suis, a une vie sentimentale très compliquée. Je rends mes compagnes malheureuses. J’ai deux amies actuellement, qui sont l'une et l'autre amoureuses de moi. Je leur ai envoyé un SMS leur disant : ‘Je te demande de pardon de te faire souffrir.’ J'ai conscience que je leur fais du mal. Quand je suis avec l’une, je ne parle pas de l'autre ; et quand je suis avec l'autre, je ne parle pas de l’une. Elles connaissent l'existence l’une de l'autre, mais l’une ne connaît pas la réalité de ma relation avec l'autre. 

Depuis que j’ai été diagnostiqué bipolaire, j’ai eu quatre ou cinq coups de cœur. Aucun de ces coups de cœur n’a débouché sur rien. C’est très bien ainsi. J'ai aussi un fantasme. C’est une troisième personne qui me fait rêver. J'ai craqué sur une rousse aux yeux verts et cheveux de palissandre. Je n'ai pas pu m'empêcher d'aller faire un tour en moto devant son domicile. J'ai résisté à l'envie de lui laisser un petit mot dans sa boîte aux lettres avec mon numéro de téléphone. Je sais que cette personne est une croqueuse d'hommes. Ça restera un fantasme.

Avant, j'avais des phases très hautes et très basses, très rapprochées. Depuis neuf mois, je suis stabilisé. C’est ce qu'on appelle la normothymie. J’ai des amis en qui j'ai confiance. Je sors. Je m'occupe de la politique locale. J’écris dans un petit canard local. Je suis connu comme le loup blanc. Je remplis ma vie. Je suis retraité depuis trois ans après une période d’invalidité assez longue. Être en invalidité, c’est rabaissant. Ma fille en a beaucoup souffert. Voir son papa à la maison, ce n'est pas une image idéale à donner à un enfant.

J’ai été diagnostiqué bipolaire assez rapidement, à 50 ans. D'habitude, il faut plusieurs années pour poser le diagnostic de la bipolarité. J'ai lu des livres de psychiatres pour apprendre à mieux connaître et mieux appréhender ma maladie. On peut être bipolaire et heureux. Il y a deux règles absolues : avoir confiance en son thérapeute et prendre scrupuleusement le traitement qu'il vous prescrit. J’ai un psychiatre référent, une infirmière référente, une psychologue et je suis suivi par une association pour mes addictions. Je suis très bien entouré. La bipolarité n'empêche pas le bonheur."

Europe 1
Par Léa Beaudufe-Hamelin