"Baisse sensible des homicides", malgré la hausse des violences conjugales

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En France, les violences conjugales sont en hausse, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur. Invitée mercredi sur Europe 1, Isabelle Rome, coordonnatrice du plan d’action de lutte contre les violences conjugales au sein du ministère de la Justice, a toutefois noté "une baisse sensible des homicides" cette année. Tout en précisant : "l'année n'est pas terminée". 
INTERVIEW

En 2019, 146 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint, soit 25 de plus que l'année précédente, selon les derniers chiffres officiels publiés en août. Sur Europe 1 mercredi, Isabelle Rome, Isabelle Rome, coordonnatrice du plan d’action de lutte contre les violences conjugales au sein du ministère de la Justice, a précisé la situation pour cette année, marquée par le confinement. Elle a constaté "une baisse sensible des homicides", avec "au 23 novembre, 67 femmes tuées" au sein du couple. La magistrate signale toutefois que "l'année n'est pas terminée" et qu'il faut rester "prudent". 

Les services de police et de gendarmerie ont pour leur part enregistré une hausse de 16% des violences conjugales qui ont concerné 142.310 personnes tous sexes confondus en 2019, a annoncé lundi le service statistiques du ministère de l'Intérieur. Environ 88% des victimes de violences conjugales sont des femmes, soit 125.840, une proportion stable par rapport à 2018, selon ces chiffres du ministère. 

"Des violences peut-être moins irréparables"

Comment expliquer cette baisse des féminicides annoncée par Isabelle Rome ? Pendant le reconfinement, les dispositifs mis en place contre les violences faites aux femmes ont permis d'"éviter les passages à l'acte trop graves", a-t-elle assuré, soulignant des "violences peut-être moins graves et surtout moins irréparables". Toutefois, globalement, les violences conjugales restent en hausse depuis le reconfinement : les signalements sur la plateforme gouvernementale arretonslesviolences.gouv.fr connaissent une hausse de 15%.

Ce bilan mitigé peut aussi être lié à l'action des pouvoirs publics en la matière. Selon Beauvau, la hausse des violences conjugales traduit "un possible effet positif du Grenelle des violences conjugales" lancé en septembre 2019, "lequel a pu inciter les victimes à davantage déposer plainte et favoriser un meilleur accueil par les services de sécurité".

Selon Isabelle Rome, les signalements sont également mieux enregistrés. "Depuis début 2020, la Direction des affaires criminelles et des grâces demande aux parquets généraux des remontées systématiques en temps réel après chaque homicide commis au sein du couple", affirme la magistrale. Les pouvoirs publics auraient donc "une meilleure visibilité de ce qui se passe" au sein de ces couples.

Isabelle Rome a, par ailleurs, insisté sur le maintien des procédures en lien avec les violences conjugales pendant le confinement. "Jamais la justice des violences intrafamiliales n'a été confinée. Elle a toujours fonctionné", dit-elle. Selon Isabelle Rome, "plus de 40 juridictions mettent en place des circuits courts pour traiter plus vite et mieux ces violences".

Hausse du nombre de "téléphones grave danger"

La magistrate est également revenue sur plusieurs dispositifs spécialisés comme le "téléphone grave danger", qui "permet aux victimes d'actionner une plate forme d'urgence en cas de danger". Elle fait aujourd'hui état de 1.200 téléphones attribués contre 300 au début de l'année 2019.

Un an après les conclusions du Grenelle, le gouvernement doit présenter mercredi un nouveau bilan de son action. Isabelle Rome a précisé qu'"un certain nombre de mesures issues du Grenelle [et qui concernent le ministère de la Justice] sont toutes en train d'être mises en place". Selon le gouvernement, près de la moitié des mesures annoncées il y a un an étaient effectives cet automne.

Un constat que nuance la Fondation des femmes, qui collecte des fonds pour développer et soutenir les actions en faveur des droits des femmes. "Si certaines avancées ont été réalisées, une grande partie des mesures restent à mettre en œuvre", déplore-t-elle dans un rapport.

Europe 1
Par Tiffany Fillon, avec AFP