Augmentation des faits racistes, antisémites et homophobes : "C'est un fléau à combattre"

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Les actes et menaces racistes, homophobes et antisémites ont augmenté de 130% entre 2018 et 2019 en France. "On observe un double mouvement cette année", analyse le délégué ministériel Frédéric Potier sur Europe 1. "D’un côté une très forte augmentation des menaces de natures racistes ou antisémites, mais de l’autre une baisse des actes de dégradation ou d'atteinte physique à la personne."
INTERVIEW

1.142 faits racistes, antisémites ou homophobes ont été comptabilisés en 2019, soit une augmentation de 130% par rapport à l’année précédente où 496 faits étaient dénombrés. Fréderic Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT, décrypte cette hausse au micro d’Europe 1. "Ce sont des chiffres officiels du ministère de l’Intérieur qui englobent les menaces et les actes recensés par policiers et gendarmes", confirme-t-il. 

Une augmentation des menaces, une baisse des actes

"On observe un double mouvement cette année", analyse le délégué. "D’un côté une très forte augmentation des menaces de natures racistes ou antisémites, mais de l’autre une baisse des actes de dégradation ou d'atteinte physique à la personne." Il explique cette progression paradoxale par une meilleure prise en compte des victimes dans les commissariats et les gendarmeries mais également une forme de progression des extrémismes identitaires. 

"Nous avons engagé des efforts de formation des policiers. Nous sommes allés dans les écoles de police, de gendarmeries, mais aussi les écoles de la magistrature. Avant, l'accent n’était pas mis là-dessus, explique Frédéric Potier. "Lorsqu'une victime vient porter plainte, il est important qu’elle soit considérée comme la victime d’un acte motivé par la haine, pas simplement une agression ou une insulte."

La parole décomplexée

La parole raciste, antisémite et homophobe s'est décomplexée en France, mais dans d'autres pays également. Un phénomène que le délégué peut expliquer par le développement de la haine sur les réseaux sociaux. "On voit bien les déferlements d'insultes, les vidéos complotistes qui installent un climat anxiogène, de détestation dans le pays, à l'encontre des valeurs républicaines de tolérance et de respect."

La députée LREM Laetitia Avia a présenté une loi, qui doit être votée en janvier, contre la haine en ligne. Le délégué ministériel tient à rappeler que les réseaux sociaux ne sont pas des zones de non-droit. "Il y a des condamnations. Il existe une cellule dédiée au sein du ministère de l'Intérieur, Pharos, qui identifie les personnes, les poursuit et prend des sanctions. Mais il faut adapter les outils juridiques parfois, d'où cette proposition de loi."

Internet, "le champ de bataille du 21eme siècle"

Les réseaux sociaux ne sont pas les seuls lieux de "libération" de la parole de haine, notamment dans l'espace public et à l'école. "Nous portons une attention particulière à l’Education. Nous avons mis en place avec Jean-Michel Blanquer [ministre de l'Education ndlr] une équipe dédiée qui traite de la laïcité et donc des questions du racisme et de antisémitisme. Il faut traiter cette question comme un tout, et ne pas se focaliser uniquement sur internet. Même si c’est le champ de bataille du 21eme siècle."

Derrière ces chiffres, Frédéric Poitier notre "une forme de crispation identitaire pouvant être liée à des religions, des territoires, des origines géographiques. "Les médias ont un rôle à jouer pour ne pas tomber dans les préjugés. Nous essayons également de jouer notre rôle en appuyant 900 associations l'année dernière, pour agir au plus près du terrain. Il ne faut pas se contenter d'un discours moralisateur ou trop global", appelle-t-til. 

Le soutien des sportifs

Après Antoine Griezmann, en une de Têtu en mai dernier contre l'homophobie, Kylian Mbappé a pris position contre le racisme dans le football dans une interview au média italien Gazzeta dello Sport. "C'est incompréhensible qu’en 2020 nous en soyons encore là', déclarait le joueur du Paris-Saint-Germain."Cependant, il faut aussi se demander si tout a été fait en dehors des stades pour résoudre le problème du racisme dans les stades."

Un soutien appréciable pour le délégué ministériel. "Le sport à un rôle majeur à jouer. Quand les grands champions prennent des positions, ils sont pris en exemple et cela touche les plus jeunes générations. C'est un fléau à combattre, et à ne surtout pas banaliser."

 

Europe 1
Par Mathilde Durand