Au procès en appel de Willy Bardon, les 26 secondes de l'appel d'Elodie Kulik aux secours diffusées

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En première instance, en décembre 2019, Willy Bardon avait été condamné à 30 ans de réclusion criminelle. 1:43
En première instance, en décembre 2019, Willy Bardon avait été condamné à 30 ans de réclusion criminelle. © AFP
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Au troisième jour du procès en appel de Willy Bardon pour le meurtre et le viol d'Elodie Kulik, en 2002, la justice a diffusé l'appel aux pompiers de cette dernière, quelques minutes avant sa mort. Un enregistrement très éprouvant que n'a pas souhaité entendre le père de la victime. 

Un moment d'émotion. L'enregistrement de l'appel d'Elodie Kulik aux pompiers a été diffusé mercredi, au troisième jour du procès en appel de Willy Bardon devant les assises du Pas-de-Calais. Ce dernier a été condamné en décembre 2019 à 30 ans de réclusion criminelle en première instance, mais il plaide toujours non coupable pour l'enlèvement, le meurtre et le viol de la jeune femme âgée de 24 ans au moment des faits, en 2002. Présent lors de l'audience, le père de la victime, qui avait déjà eu à affronter les photos de la découverte du corps de sa fille quelques heures auparavant, a préféré sortir de la salle au moment de la diffusion de l'enregistrement.

"J'ai préféré sortir"

"Ce n'était pas la peine de me soumettre à nouveau à cette souffrance horrible, j'ai préféré sortir", explique Jacky Kulik au micro d'Europe 1. "Ma conviction est faite depuis bien longtemps", poursuit-il, "il y a deux voix que je reconnais [dans l'enregistrement] c'est celle d'Elodie, ma fille, et celle de Bardon." 

Durant les 26 secondes de cet enregistrement, passé à 0h21 aux pompiers le 11 janvier 2002, on entend les cris et gémissements de la victime et les "allô" répétés de l'opératrice des pompiers. Au moins deux voix d'hommes y sont audibles, mais lointaines. Immédiatement après cet appel, les pompiers ont essayé de rappeler mais sont tombés sur la messagerie de la jeune femme, a rappelé la présidente. 

Au cours de l'enquête, cinq personnes placées en garde à vue, et auxquelles l'enregistrement avait été soumis, avaient affirmé reconnaître la voix de Willy Bardon, en janvier 2013. Mais ces témoignages sont sujets à caution selon le conseil de l'accusé, Me Gabriel Duménil. 

Une bande-son inaudible pour la défense de Bardon

"Nous souhaitions que cet appel puisse être diffusé au début du procès parce que c'est une pièce intéressante. Elle fait partie du dossier, donc c'est légitime que les jurés de la cour puissent en avoir connaissance", estime-t-il au micro d'Europe 1. "En revanche, il ne s'agit pas de la rabâcher parce qu'on comprend que plus on va l'entendre, plus on va, peut-être, se forger une opinion. Je pense que les experts nous diront que cette pièce ne peut pas être utilisée dans le cadre d'un procès pénal."

S'il n'était donc pas contre la diffusion de l'enregistrement, Me Gabriel Duménil a évoqué en revanche une bande-son "inaudible, sur laquelle on n'arrive même pas à distinguer ce que disent les protagonistes, qui date de 2002 et à laquelle on vient comparer des voix de 2013", estimant que "tout cela est une fumisterie". 

L'enregistrement a déjà fait l'objet de 14 expertises au cours de l'enquête menée de 2002 à 2017. La semaine prochaine, de nouveaux experts doivent venir à l'audience exposer leurs conclusions.

Europe 1
Par Lionel Gougelot, édité par Ugo Pascolo avec AFP