Attentat de Strasbourg : les questions qui restent en suspens

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Après la mort de Cherif Chekatt, mardi soir, tué rue du Lazaret, les enquêteurs travaillent désormais sur ses éventuels soutiens, avant l'attentat et pendant la traque.

ON DÉCRYPTE

La mort de Cherif Chekatt a mis fin à 48 heures d'angoisse pour les habitants de Strasbourg, et notamment ceux du quartier du Neudorf où l'auteur de l'attentat de mardi soir avait été aperçu pour la dernière fois et où il a été tué par des tirs de riposte, jeudi. Pour les enquêteurs, le temps est désormais venu de travailler sur les jours qui ont précédé son passage à l'acte mais aussi sur les heures qui ont suivi et les éventuelles complicités dont il aurait pu bénéficier.

Cherif Chekatt faisait-il partie d'une cellule organisée ?

Lors d'une conférence de presse vendredi matin, le procureur de Paris Rémy Heitz a expliqué que sept personnes avaient été placées en garde à vue ces derniers jours, quatre membres de sa famille (ses parents et deux de ses frères) et trois de "son entourage proche", dont deux l'ont été dans la nuit de jeudi à vendredi. Sami Chekatt, frère aîné du djihadiste, également "fiché S" et décrit comme "le plus radicalisé de la fratrie", a lui été arrêté en Algérie grâce à des renseignements français. Samedi, si la garde à vue des quatre membres de sa famille ont été levées "en l'absence d'éléments les incriminant à ce stade", elle se poursuivait pour les trois autres. 

"L'enquête va désormais se poursuivre pour identifier d'éventuels complices ou coauteurs susceptibles de l'avoir aidé ou encouragé dans la préparation de son passage à l'acte", a indiqué le magistrat lors de sa courte allocution. Vendredi matin, sur Europe 1, Christophe Castaner, avait expliqué que "rien" n'indiquait pour le moment que Cherif Chekatt ait été "intégré dans un réseau ou qu'il ait eu des protections particulières dans ce cadre-là". Quelques heures plus tard, après avoir rouvert le marché de Noël de Strasbourg, le ministre de l'Intérieur a évoqué une "revendication totalement opportuniste de Daech".

Peu de temps après que Cherif Chekatt a été tué, jeudi soir, le média de propagande du groupe État islamique (EI), Amaq, a en effet parlé de lui comme d'un "soldat de l'État islamique". Si aucun objet renvoyant directement à l'EI n'a été trouvé lors de la perquisition effectuée mardi à son domicile, les enquêteurs ont mis la main sur des sourates guerrières du Coran recopiées sur un cahier. Lors de l'un de ses passages en prison, Cherif Chekatt, repéré pour son prosélytisme "parfois agressif", avait accroché un poster d'Oussama ben Laden dans sa cellule. Il était "fiché S" et a été suivi pendant un an et demi par la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure), avant que la surveillance ne soit levée cet automne, faute d'élément probant indiquant des velléités de passage à l'acte dans un cadre terroriste.

Son passage à l'acte est-il lié à la perquisition à son domicile ?

Le matin même de l'attentat, le domicile de Cherif Chekatt avait fait l'objet d'une perquisition. Pour les enquêteurs, il ne semble guère faire de doute aujourd'hui que ceci a été un élément moteur dans le passage à l'acte du terroriste. Cette perquisition concernait une affaire de vol à main armée et de tentative d'homicide, menée en août. Les trois hommes qui se trouvaient dans l'appartement visé ont été mis en examen et incarcérés. Selon les auditions, ils préparaient avec Cherif Chekatt non pas un attentat mais un braquage.

Dans l'appartement, les gendarmes, qui étaient accompagnés de policiers des services de renseignements, compte-tenu du profil radicalisé de l'individu, ont retrouvé une grenade, une arme de calibre 22 long rifle, des munitions et plusieurs couteaux. Une "procédure incidente" (c'est-à-dire complémentaire de l'enquête ouverte après l'attentat en lui-même) a été transmise à la section antiterroriste du parquet de Paris. Selon les mots du procureur, les policiers ont retrouvé sur la dépouille du suspect "un revolver ancien chargé de six munitions, dont cinq percutées, un couteau et huit autres munitions de calibre 8 mm dans la poche intérieure de sa parka".

Les circonstances de l'attaque, avec une arrivée tardive sur le marché de Noël, peu avant la fermeture, à 19h50, dénotent une certaine impréparation, mais aussi la détermination de Cherif Chekatt, puisque ses victimes ont été visées à bout portant, à la tête ou au niveau de la nuque.

A-t-il bénéficié de complicité lors de sa cavale ?

Il s'agit là de la deuxième grande partie de l'enquête. Cherif Chekatt a-t-il bénéficié d'une quelconque complicité lors de ses 48 heures de cavale ? Lorsque les membres de la BST (brigade spécialisée de terrain) ont abattu le fugitif devant un immeuble du quartier du Neudorf, où il vivait, Cherif Chekatt était seul, non loin d'une zone industrielle où il a pu se cacher. 

Selon Laurent Combalbert, ancien négociateur du Raid interrogé vendredi matin sur Europe 1, le fugitif a "visiblement" manqué de soutien. "La traque s’arrête dans son quartier. Il est blessé, il a le réflexe d’aller uniquement dans l’endroit qu’il connaît. S'il avait été organisé, peut-être qu’il aurait été exfiltré par des complices", considère-t-il. Mercredi soir, sur notre antenne, le criminologue Alain Bauer avait estimé au contraire que Cherif Chekatt avait "une imprégnation forte avec des solidarités locales" et que cela avait pu lui servir lors de sa cavale, alors que les températures la nuit étaient difficilement soutenables pour un homme blessé. C'est ce sur quoi les enquêteurs vont travailler dans les prochaines heures.

Comment s'est-il procuré l'arme qu'il a utilisée ?

Cherif Chekatt a tué mardi soir avec un pistolet de calibre 8 mm datant de 1892. La nature de l'arme interpelle : était-ce une arme ancienne possédée par la famille ? A-t-elle été volée ou fournie par un complice ? Les enquêteurs vont tenter d'apporter des réponses à ces questions qui pourraient permettre d'en savoir plus sur les éventuels soutiens du tueur.