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À Wine Paris, trois jours de salon pour répondre aux multiples crises du secteur viticole

[Yoan VALAT / POOL / AFP]

Emmanuel Macron a inauguré lundi Wine Paris, plus grand salon mondial du vin selon ses organisateurs, alors que la filière traverse une période de fortes turbulences entre déconsommation, tensions géopolitiques et mutations climatiques. Les professionnels veulent y voir l’occasion de relancer un secteur en quête de nouveaux débouchés.

Wine Paris, devenu le rendez‑vous international incontournable du secteur viticole, a été officiellement lancé lundi par Emmanuel Macron. Le chef de l’État, qui coupait pour la première fois le ruban de l’événement, a salué les professionnels, se disant "heureux" d'être à leur côté. La dernière inauguration présidentielle d’un salon équivalent remontait à 2015, lors de Vinexpo Bordeaux. L’édition 2026 intervient dans un contexte compliqué pour la filière, marqué par la baisse de consommation, le réchauffement climatique et les tensions commerciales. 

"On reste combatif", a répondu un responsable lorsque le président le questionnait sur son "moral". Près de 60 000 visiteurs et 6 200 exposants sont attendus cette semaine, dont des acheteurs, distributeurs, ministres et représentants de la Commission européenne. Innovation notable : un pavillon réunira pour la première fois les fabricants de boissons et vins sans alcool.

"Beaucoup de clients, beaucoup de rendez-vous" 

Les professionnels font face à un marché fragilisé. La France vient de lancer un nouveau plan d’arrachage pour les exploitations en surproduction, tandis que les exportateurs dévoileront mardi un bilan 2025 peu réjouissant. Les Douanes signalent une baisse globale de 7 % des exportations de boissons et un recul de 20 % vers les États‑Unis, pénalisés par les droits de douane américains portés à 10 puis 15 %.

Pour Rodolphe Lameyse, directeur général de Vinexposium, la situation reste contrastée : "Si on regarde la photo à l’instant T, on voit tout un tas de nuages noirs… Mais de l’autre côté, on voit des marchés qui pourraient devenir des marchés de pivot". Il souligne le rôle clé des futurs accords commerciaux, notamment le Mercosur ou le récent traité UE‑Inde. Le Canada pourrait aussi devenir une opportunité, depuis les mesures de rétorsion visant les alcools américains. 

Du côté des acteurs du terrain, Philippe Tapie, président de Bordeaux Négoce, mise beaucoup sur Wine Paris où il attend "beaucoup de clients, beaucoup de rendez‑vous". Les surtaxes américaines, combinées à la variation euro/dollar, ont lourdement frappé les exportations : "On dit en général que 1 % de droits en plus, c’est moins 1 % de commerce… Et quand on ajoute 15 % de surcoût dû à la parité, ça devient compliqué". 

Une nouveauté

Malgré tout, les ventes de fin d’année aux États‑Unis ont montré un regain : "Cela montre qu’il y a une appétence pour nos vins", se réjouit-il. Les acheteurs attendus viennent d’Amérique du Nord, d’Amérique latine et d’Europe, même si la présence chinoise sera plus limitée, le salon coïncidant avec le Nouvel An lunaire. 

Cette édition marquera aussi l’arrivée du pavillon “Be no”, dédié aux vins désalcoolisés et boissons sans alcool, un segment en pleine croissance. "Cette catégorie prend sa place dans les attentes durables des consommateurs… Ça ne va pas cannibaliser le vin traditionnel, ça va rajouter du business", assure Rodolphe Lameyse, soulignant un revirement notable : "Il y a trois ans, ce genre de sujet faisait grogner".