À l'hôpital ou dans leur cabinet, les médecins face à la violence quotidienne

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Beaucoup de médecins généralistes font état d'incivilités, d'insultes ou de coups de la part de patients mécontent de se voir refuser une ordonnance ou un certificat médical.

L'ENQUÊTE DU 8H

Les cabinets médicaux ne sont plus des sanctuaires. En effet, de plus en plus praticiens racontent des cas d'intimidations, d'agressions verbales ou même physiques. 

"Il suffit d'être violent pour obtenir ce qu'on veut". Thomas est médecin généraliste à Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Lundi matin, il est en pleine consultation quand un "caïd" du quartier fait irruption dans son cabinet. Il n'a pas rendez-vous, mais exige la prise en charge immédiate de son bébé de dix mois. "Il était très véhément, très agressif. Il m'a insulté, m'a menacé de mort, il m'a dit qu'il allait me retrouver si je parlais à la police. Ça a été très violent. Il était prêt à frapper", témoigne ce généraliste au micro d'Europe 1.

"On se rend compte qu'on est tout seul dans ces moments-là. Comme je ne voulais pas que ça finisse en pugilat, j'ai accédé à sa demande. On essaie de cadrer des règles pour tous les patients, qui s'y adaptent bon gré mal gré. Mais voilà, il suffit d'être violent et on obtient ce qu'on veut", déplore-t-il. Et d'ajouter, dépité : "Ça fait huit ans que je travaille dans ces quartiers. On essaie de faire bouger les lignes, mais là, j'ai vraiment eu peur."

Le médecin généraliste a raconté en détails son expérience sur Twitter.

Des régions plus touchées que d'autres. En France, le phénomène est de plus en plus répandu. Selon les statistiques du Conseil de l'Ordre des médecins, on observe une hausse constante de l'agressivité : un millier d'incidents ont été signalés l'année dernière, un chiffre qui a doublé depuis 2004. Si ces attaques sont bien souvent verbales, elles peuvent tourner en agressions physiques, parfois même avec armes. Dans deux-tiers des cas, les victimes sont des généralistes. Les agressions ont souvent lieu en banlieue, mais ça arrive aussi en centre-ville. Quatre départements sont principalement concernés : les Bouches-du-Rhône, le Nord, la Loire, à égalité avec la Seine-Saint-Denis.

Aux urgences aussi. Les hôpitaux se plaignent aussi de cette montée des tensions envers le personnel soignant. Près de 18.000 cas ont été signalés, selon les derniers chiffres. Selon les urgentistes qu'Europe 1 a pu interroger, cette augmentation de la violence est aussi due à la dégradation du système de santé, au personnel débordé ou à l'accueil parfois chaotique des patients. Pour apprendre à désamorcer les crises, il existe même aujourd'hui des formations, sous forme de jeux de rôle, au sein de l'hôpital.