Le dossier du Carlton reste à Lille

Les avocats du directeur de l'hôtel et de prostituées s'opposent au déssaisissement des juges lillois.
Les avocats du directeur de l'hôtel et de prostituées s'opposent au déssaisissement des juges lillois. © MAXPPP
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avec AFP , modifié à
La Cour de cassation a décidé mercredi de ne pas dépayser cette affaire de proxénétisme.

L'affaire du Carlton sera bien jugée dans le Nord. La Cour de cassation a décidé mercredi de rejeter le dépaysement, suivant ainsi l'avis du parquet général. Ce dernier avait recommandé quelques minutes auparavant à la Cour de ne pas dessaisir les juges d'instruction lillois. L'avocat général Christian Raysséguier avait jugé que cela n'avait "pas de sens" et serait "une perte de temps" alors que le dossier "avance et est très avancé".

Le parquet général de Douai réclamait que le dossier soit jugé par des magistrats d'une autre région car il estimait que l'implication supposée du commissaire de police Jean-Christophe Lagarde et d'un avocat pourrait mettre en péril "l'impartialité et la sérénité de la justice". La Cour de cassation a finalement estimé que ce motif de dépaysement n'était pas fondé.

Une décision saluée par les avocats

Cette décision a été saluée par les avocats des différentes parties. "Cela va permettre de préserver l'indépendance des magistrats lillois. Le maintien du dossier à Lille est une victoire importante, qui va faire avancer l'enquête et surtout ne pas la retarder", s'est réjoui Frank Berton, l'avocat de Francis Henrion, le directeur du Carlton et propriétaire de l'Hôtel des Tours à Lille mis en examen.

"C'est une grande satisfaction qui traduit également un consensus à l'audience. A la fois l'avocat général et les avocats de personnes mises en examen avaient tous conclu au rejet de la requête avec des arguments identiques de part et d'autre", a également réagi Me Pierre Soulier, l'avocat du Carlton.

Deux avocats des différentes parties s'étaient en effet opposés au dépaysement du dossier.

Des problèmes de procédure

Me Frank Berton, l'avocat du directeur du Carlton, et Me Gérald Laporte, l'avocat de deux prostituées qui se sont constituées partie civile, contestaient la procédure aussi bien sur le fond que sur la forme. Sur la forme, la procédure ne s'était pas faite dans les règles de l'art, d'après les deux avocats. "Cette requête ne m'a pas été notifiée", a indiqué Me Gérald Laporte. L'une de ses clientes s'est constituée partie civile le 24 octobre dernier. Or "la requête date du 25 octobre. En conséquence, le procureur général aurait dû me le notifier", a justifié l'avocat.

De son côté, toujours sur la forme, Me Berton avait indiqué qu'il n'avait pas été invité par le parquet à formuler des observations comme le prévoit pourtant, selon lui, la jurisprudence.

Du temps pour prendre connaissance du dossier

Sur le fond, l'avocat des prostituées craignait le ralentissement du dossier. Me Gérald Laporte insistait sur le fait que ses clientes "ont trouvé des enquêteurs et des magistrats qui les ont écoutées sans avoir un jugement de valeur dans la façon de leur parler ou de les regarder",  alors que "ce n'est pas toujours le cas". Il ne voulait pas que le dossier "dorme" 6 à 8 mois, le temps qu'un nouveau magistrat en prenne connaissance, alors que pour ses clientes, "il n'y a rien de plus angoissant que l'attente".

Me Frank Berton estimait également qu'un dépaysement serait "une perte de temps considérable" et que cela reviendrait à "enterrer le dossier".