Une "lubie personnelle" ? Les affirmations climato-sceptiques de Poutine passent mal auprès du Giec

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Vladimir Poutine (2000x1000) AFP 1:32
Photo d'archive © ALEXANDER NEMENOV / AFP
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Le président russe Vladimir Poutine a remis jeudi en question les causes du réchauffement climatique. Un membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) lui répond au micro d'Europe 1.
RÉACTION

La déclaration de Vladimir Poutine n'est pas passée inaperçue. Et pour cause, en matière de climato-scepticisme, on fait difficilement mieux ! Le président russe a estimé jeudi que "personne ne connait les causes du changement climatique" avant de préciser sa théorie : "Une petite rotation de la Terre peut conduire à de sérieux changements de climat".

Alors que le réchauffement climatique se poursuit, les conférences sur le climat - les COP - s'enchaînent sans mesure forte. A l'image de la dernière COP25 à Madrid, qui s'est achevée sur un échec. Et ce n'est pas la déclaration de Vladimir Poutine qui va aider à changer de cap.

La combustion des énergies fossiles est la première cause du réchauffement climatique

François Gémenne, un membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) assure sur Europe 1 que "cela fait plusieurs années déjà que le GIEC établit avec certitude que c'est bien les activités humaines qui sont le facteur principal du changement climatique".

Entendu sur europe1 :
On ne comprend pas très bien ce qui a pu passer par la tête du président russe pour aujourd’hui remettre en question ce consensus scientifique

L'expert est d'autant plus surpris que la Russie a toujours approuvé les rapports du GIEC. "On ne comprend pas très bien ce qui a pu passer par la tête du président russe pour aujourd’hui remettre en question ce consensus scientifique sinon une lubie personnelle ou la volonté de flatter peut-être un électorat climato-sceptique", avance François Gémenne.

Pourtant, c’est bien la combustion des énergies fossiles qui est la première responsable du réchauffement climatique. Même s'il existe encore des chercheurs pour contredire cette thèse qui emporte un large consensus scientifique, le chercheur du GIEC rappelle : "La plupart de ces chercheurs (sceptiques) soit ne sont pas spécialistes du changement climatique, soit sont des chercheurs directement financés par les industries des énergies fossiles et qui ont donc un intérêt économique et financier immédiat à remettre en cause l’origine même du changement climatique".

"Ne rien faire n'est pas non plus une solution", admet Poutine

Vladimir Poutine a également réaffirmé l'engagement de réduction des émissions de gaz à effet de serre de son pays et le respect de l'accord de Paris sur le climat. "Ne rien faire n'est pas non plus une solution, et sur ce point je suis d'accord avec mes collègues (chefs d'Etat). Nous devons faire le maximum d'efforts pour que le climat ne change pas de manière dramatique", a-t-il dit. Il a néanmoins relevé que la Russie était particulièrement exposée à un réchauffement. "C'est un processus très sérieux pour nous (...) Des villes entières sont bâties sur le permafrost, imaginez les conséquences" en cas de fonte massive, a-t-il souligné.

Ce n'est pas la première fois que le président russe fait des remarques laissant entendre que l'activité humaine n'est pas la principale cause du changement climatique. Chef d'un Etat grand producteur d'hydrocarbures, il a aussi mis en garde en novembre contre les appels, en Europe en particulier, à renoncer aux énergies fossiles. "En défendant ce genre de propositions, il me semble que l'humanité peut retourner vivre dans des grottes parce qu'elle ne consommera plus rien", avait-il dit.

Europe 1
Par Maxime Dewilder