EPO : derrière le produit dopant, une "révolution thérapeutique"

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Lance Armstrong a révélé s'être dopé à l'EPO. 3:50
Lance Armstrong a révélé s'être dopé à l'EPO. © EZRA SHAW / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
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L'EPO, ou érythro-poïétine, est bien connu pour son usage détourné par des sportifs en quête de performances. Mais avant d'être un produit dopant, cette hormone a permis une révolution thérapeutique pour lutter contre les anémies. C'est cette ambivalence que détaille dans "Sans Rendez-Vous" le néphrologue Gilbert Deray.

Tout le monde connaît l'EPO en tant que produit dopant, mis sur le devant de la scène à cause de tristes histoires sportives. De fait, cette hormone augmente le nombre de globules rouges et, par conséquent, l'oxygène disponible. Certains athlètes y ont donc vu une manière d'améliorer leur performance. Mais avant d'être détourné de son usage, l’érythro-poïétine, hormone naturellement fabriquée par nos reins, a été recréée en laboratoire depuis 1977 pour simplifier la vie de très nombreux patients anémiés.

"Une révolution thérapeutique"

Cette hormone est "fabriquée par les reins dès qu'on manque de globules rouges, donc d'oxygène. Si vous montez au sommet d'une montagne, vous allez produire de l'EPO", explique le Pr Gilbert Deray, chef du service de néphrologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Plus qu'utile, cette hormone est essentielle car "quand on manque d'érythro-poïétine, on est en anémie", précise le spécialiste. Les patients avec un taux d'EPO trop faible souffrent donc d'insuffisance rénale et leur apport en oxygène est déficient.

"La création de l'EPO est donc une révolution thérapeutique. Avant, il fallait transfuser" les personnes anémiques. "Maintenant, c'est une piqûre mensuelle", détaille Gilbert Deray. Selon le médecin, qui a vécu cette révolution médicale, l'anémie demandait une transfusion toutes les deux à quatre semaines. Cela entrainait de la fatigue ainsi que "des encéphalopathie à l'aluminium", en raison de la présence de ce métal dans les transfusions. Tout cela a presque disparu grâce à l'EPO, qui a remplacé ce dispositif lourd par "une piqûre cutanée indolore", raconte le néphrologue. L'hormone est aussi utilisée en cancérologie ou avant certaines chirurgies.

Risques d'AVC en cas d'utilisation dopante

Le revers de la médaille a été le développement d'une utilisation illégale et non médicale de cette hormone. Car comme l'explique le néphrologue, "en augmentant le nombre de globules rouges, on augmente l'oxygène disponible et donc les performances". Le processus, normalement naturellement régulé, est forcé à entrer en action.

Mais les conséquences peuvent être graves. Car comme le souligne Gilbert Deray, "vous augmentez aussi les risques de faire un accident vasculaire. Si vous augmentez le nombre de globules rouges, ils peuvent se rassembler et faire un petit caillot." Il y a aussi un risque augmenté d'hypertension artérielle et de thromboses. On suspecte enfin l’excès d’EPO de favoriser certains cancers. Hors du cadre médical, l'EPO est donc à éviter absolument.

 

Europe 1
Par Guilhem Dedoyard