Pourquoi la psychiatrie va mal

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La ministre de la Santé Agnès Buzyn devrait annoncer jeudi de nouveaux fonds pour la psychiatrie face au malaise grandissant du personnel des hôpitaux psychiatriques.
ON DÉCRYPTE

Une colère à calmer. Jeudi, Agnès Buzyn va tenter de répondre à la grogne du personnel des hôpitaux psychiatriques, qui a manifesté mardi un peu partout en France pour protester contre la détérioration de ses conditions de travail. En plus des 50 millions d'euros annoncés le mois dernier, la ministre de la Santé devrait annoncer de nouvelles mesures, mais le secteur de la psychiatrie hospitalière est sceptique sur l'efficacité de ce plan. 

Des patients mis dehors. Car avec une baisse de moitié du nombre de lits depuis trente ans, les hôpitaux psychiatriques sont débordés. Les médecins gèrent donc en priorité les urgences et sont obligés de laisser partir des patients qui ne sont pas encore totalement soignés. "On fait sortir des patients stabilisés mais sans mettre en place d'accompagnement social", résume Claire, infirmière psychiatrique en Île-de-France qui souhaite rester anonyme.

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"Services tellement découragés". En face, le nombre de patients a lui aussi fortement augmenté. "On identifie mieux certains troubles et des pathologies comme la dépression et l'autisme", explique le psychiatre Antoine Pelissolo, chef du service de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, près de Paris. Aujourd'hui, les spécialistes estiment qu'un Français sur cinq est victime de dépression, troubles bipolaires, autisme ou schizophrénie.

Antoine Pelissolo a en tout cas écrit récemment à la ministre de la Santé pour lui demander d'agir au plus vite. "Ça fait maintenant plusieurs années qu'il y a quasiment en permanence des services en grève. Ils sont tellement découragés qu'ils disent qu'ils n'en peuvent plus."

"Bricoler" et "courir un peu partout". Ce manque de moyens pour traiter des patients aux troubles sévères empêche aussi les personnels des hôpitaux psychiatriques de faire correctement leur travail, selon eux : "Quand on n'est pas assez nombreux pour s'occuper des personnes, forcément, on fait moins bien, on prend des risques et les choses s'aggravent", déplore le chef de service. Claire, payée 1.800 euros net après deux ans en hôpital, a quant à elle l'impression de "bricoler" et de "courir un peu partout". "Il y a des journées où j'ai l'impression de même plus voir mes patients", dit-elle.

Les moyens financiers sont parfois redirigés vers d'autres services dans les hôpitaux, pour d'autres soins considérés comme plus urgents ou pour combler les déficits. Les soignants veulent que la ministre les entende sur une chose : il faut refaire de la psychiatrie une priorité.

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