Pollution de l'air : une nouvelle étude revoit le nombre de morts à la hausse

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La pollution de l'air tue par an 67.000 personnes en France, selon cette étude parue mardi. © BORIS HORVAT / AFP
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Selon une étude parue mardi, la pollution de l'air tue 8,8 millions de personnes par an dans le monde, un chiffre plus élevé que celui avancé par l'Organisation mondiale de la santé. 

La pollution de l'air pourrait être deux fois plus meurtrière que ce que l'on pensait : une étude parue mardi dans la revue European Heart Journal la juge responsable de 8,8 millions de morts par an dans le monde, dont 67.000 en France.

La pollution tue plus que le tabac. Entre 40 et 80% de ces décès prématurés sont dus à des maladies cardiovasculaires, estiment les chercheurs, qui publient ces travaux. "Cela veut dire que la pollution de l'air fait plus de morts chaque année que le tabac, responsable de 7,2 millions de décès en 2015 selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS)", a affirmé l'un des auteurs, le professeur Thomas Münzel, de l'université de Mayence en Allemagne. "On peut éviter de fumer, mais on ne peut pas éviter d'être soumis à un air pollué", a-t-il ajouté.

Les estimations de l'Agence européenne largement dépassées. Les chercheurs estiment à 790.000 le nombre de morts dus à la pollution de l'air en 2015 dans l'ensemble de l'Europe, dont 659.000 dans les 28 états de l'Union européenne. Cette estimation est nettement supérieure à celle de l'Agence européenne de l'environnement (AEE). Dans son rapport annuel publié en octobre, elle jugeait que la pollution de l'air aux particules très fines (PM2,5), au dioxyde d'azote (NO2, émis par les moteurs diesel) et à l'ozone (O3) était responsable en 2015 de 518.000 décès prématurés dans 41 pays d'Europe, et 480.000 dans l'UE.

Un nouvel outil statistique. L'étude publiée mardi est essentiellement consacrée à l'Europe, mais ses auteurs ont également appliqué leur méthode de calcul à l'ensemble du monde. Ils arrivent au chiffre astronomique de 8,8 millions de morts causés par la pollution de l'air en 2015 sur l'ensemble de la planète, dont 2,8 millions pour la Chine. De précédents travaux chiffraient plutôt le total mondial à 4,5 millions. Pour réviser ces chiffres, les chercheurs allemands ont utilisé un nouvel outil statistique.

Ils ont estimé l'exposition aux polluants en se basant sur un modèle simulant la façon dont les gaz atmosphériques interagissent avec les composés chimiques issus de l'activité humaine (production d'énergie, industrie, transports, agriculture...). Ils ont appliqué ces données à un nouveau modèle statistique combinant les taux de mortalité et l'exposition. "Nous avons utilisé de nouvelles analyses des risques, basées sur des données épidémiologiques beaucoup plus larges qu'auparavant et provenant de 16 pays", a indiqué l'un des scientifiques, Jos Lelieveld.

L'Europe de l'Est très touchée, la France sous la moyenne mondiale. En moyenne, la surmortalité mondiale attribuée à la pollution de l'air par cette étude est de 120 décès par an pour 100.000 habitants. Ce taux est supérieur en Europe (133), bien que les contrôles y soient plus stricts que dans d'autres régions. "Cela s'explique par la combinaison d'une piètre qualité de l'air et d'une forte densité de population, qui aboutit à une exposition parmi les plus élevées du monde", selon le professeur Lelieveld. L'Europe de l'Est est particulièrement touchée, avec 36.000 morts par an pour la Roumanie ou 76.000 pour l'Ukraine, soit des taux supérieurs à 200 décès pour 100.000 habitants. Pour la France, l'estimation est de 67.000 morts, soit un taux de 105 décès pour 100.000 habitants.

Baisser les seuils d'exposition, "une urgence". Les auteurs de l'étude jugent "urgent" de baisser les seuils d'exposition aux particules fines. La limite annuelle moyenne pour les PM2,5 fixée par l'Union européenne est de 25 microgrammes par mètre cube, soit 2,5 fois plus que les recommandations de l'OMS. "Dans la mesure où la plupart des particules fines et des autres polluants de l'air en Europe proviennent de la combustion des énergies fossiles, il est urgent de passer à d'autres sources d'énergie", a plaidé le Pr. Lelieveld. Ces travaux "semblent montrer que le risque cardiovasculaire lié à la pollution de l'air a été sous-estimé, et ce constat me paraît pertinent", a commenté une scientifique qui n'a pas participé à l'étude, le docteur Holly Shiels, de l'Université de Manchester.