Octobre Rose : après un cancer du sein, quelles sont les techniques de reconstruction existantes ?

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Aujourd'hui, de nouvelles techniques de chirurgie existent pour les femmes victimes d'un cancer du sein. Le Professeur Fabien Reyal, chef de service de chirurgie sénologique, gynécologique et reconstructrice de l'Institut Curie, était l'invité de "Sans Rendez-vous" sur Europe 1 pour en parler. 
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Le traitement du cancer du sein passe très souvent par la chirurgie. Entre 25 et 35% des patientes vont en effet subir une mastectomie, c'est-à-dire une ablation partielle ou totale de l'un ou des deux seins. Pour autant, après chirurgie, peu de femmes, environ 20%, se font reconstruire. Le Professeur Fabien Reyal, chef de service de chirurgie sénologique, gynécologique et reconstructrice de l'Institut Curie, a présenté dans "Sans Rendez-vous" sur Europe 1 les différentes techniques qu'il est possible d'utiliser.

Et celle qui sera choisie dépend de nombreux facteurs : de la morphologie des patientes, de celle du sein, de l'histoire médicale, des antécédents… "Tout cela joue dans le choix de la technique qu'on va utiliser", souligne Fabien Reyal. "C'est un cumul d'une réflexion sur plusieurs éléments : la morphologie, la consommation de tabac, des éléments qui peuvent gêner la cicatrisation comme le diabète, y a-t-il des antécédents lourds ou non, quels ont été les traitements associés (radiothérapie, chimiothérapie…)". 

Les prothèses mammaires 

"Les prothèses mammaires sont utilisées en volumétrie dans la majorité des cas", rappelle le professeur. "Mais il y a une très grande évolution en cours car l'affaire PIP puis la découverte des lymphomes anaplasiques à grandes cellules, qui sont un type de maladie très clairement induites par certains implants (texturés), nous amène à changer nos pratiques." Les symptômes de ce type de lymphome peuvent être un gonflement au niveau du sein, une rougeur, des nodules à l'examen comme l'échographie ou l'IRM, précise Fabien Reyal. Le risque est estimé à 1 sur 300.000, un risque rare mais "insupportable d'autant plus qu'on est dans un contexte de reconstruction après cancer".  Ceci a donc poussé les implants texturés, qui ont une surface irrégulière, à être retirés du marché. Il reste aujourd'hui des prothèses micro-texturées, et selon le médecin, les centres de lutte contre le cancer poussent aujourd'hui beaucoup plus vers des méthodes de reconstruction autologues, c'est-à-dire à partir des tissus du patient et sans implant mammaire. 

La technique du lambeau de grand dorsal

Parmi ces techniques dites autologues, il y a celle du lambeau de grand dorsal. "Il s'agit de prendre ce muscle qui s'étale du haut du dos jusqu'aux vertèbres. On lui fait faire une rotation, on l'utilise pour le mettre devant et recréer une forme et une consistance de sein." Difficile comme cela d'imaginer le rendu, mais selon Fabien Reyal, l'opération, qui dure environ deux heures et demie à trois heures, donne de bons résultats : "Pour une majorité de patientes, on n'a peu ou pas de symptômes au niveau du dos", bien que parfois un inconfort à ce niveau soit noté. "Cela peut faire des résultats très jolis. Quand c'est en reconstruction immédiate, on garde le contenant, donc la peau et éventuellement l'aréole et le mamelon; ensuite, on remplit avec le muscle. Quand c'est en reconstruction secondaire, après mastectomie [...], il y a un peu plus de cicatrices."

La technique du D.I.E.P 

Le D.I.E.P (Deep Inferior Epigastric Perforator, ou artère perforante épigastrique inférieure en français) est une micro-chirurgie qui consiste à récupérer graisse, artère et veine au niveau abdominal pour le transposer au niveau de la paroi thoracique.

C'est une technique opératoire assez lourde, mais selon le professeur, elle donne de "très bons résultats car ces structures sont souples et vont avoir un aspect extrêmement naturel". Les complications graves sont selon lui aussi "très peu fréquentes". "C'est de la chirurgie qui reste en surface du corps", mais qui peut "totalement échouer dans 3 ou 4% des cas, car on va brancher une artère à une artère et une veine à une veine, qui font 1mm, donc le flux sanguin peut être perturbé". Le résultat esthétique est toutefois selon lui le meilleur. 

Europe 1
Par Séverine Mermilliod