LA QUESTION SEXO - La "maniaquerie" peut-elle poser problème dans le couple ?

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Lundi dans "Sans Rendez-vous", la sexologue et psychanalyste Catherine Blanc évoque le large thème de la maniaquerie. Interrogée par Mélanie Gomez et Jimmy Mohamed, elle explique comment ce trait de caractère peut avoir des effets dans le couple, jusqu'à la sexualité. 

Aimer que les choses soient propres est naturel mais peut chez certains tourner à l'obsession. Les personnes maniaques, qu'elles le soient pathologiquement parlant ou simplement dans le regard de leur partenaire, vont potentiellement avoir des relations plus complexes. Toutefois, la sexologue et psychanalyste Catherine Blanc explique, lundi, dans "Sans Rendez-Vous" qu'il est tout à fait possible de s'en accommoder et que c'est même parfois précisément ce qui est recherché.  

La question :

Etre en couple avec une personne maniaque peut-il poser des problèmes dans la vie à deux ?  

La réponse de Catherine Blanc : 

Tout dépend d'avec qui est la personne. En général, les gens qui s'assemblent le font sur des valeurs communes et sécurisantes. Quelqu'un qui est très maniaque peut donc être, justement, la sécurité de quelqu'un qui a besoin que ce soit pris en charge. Ou à l'inverse de quelqu'un qui est maniaque également. Certaines personnes vont trouver merveilleux que l'autre s'occupe du ménage, du rangement, etc. 

Néanmoins, le terme maniaque recouvre plusieurs choses. Il y a d'un côté la pathologie. De l'autre, il y a celui qui veut juste que tout soit propre mais qui est face à quelqu'un qui n'aime pas du tout ranger. Il va du coup le considérer comme maniaque alors que cela peut être tout à fait normal. On est toujours un peu plus obsessionnel que d'autres sur certains sujets.

Comment expliquer que certaines personnes vont aller dans cet extrême qu'est la maniaquerie ?

Une partie de l'explication est culturelle. Le fait de ranger, que ce soit propre, on a pu le recevoir par l'éducation. Mais cela peut être, simplement, une invitation à savoir ranger, ordonner afin d'offrir un lieu où on peut inviter. Mettre du désordre, c'est envahir son propre espace pour ne pas laisser celui des autres y entrer.

On a tendance à dévaloriser l'apprentissage du rangement chez les jeunes, en particulier chez les jeunes filles, parce qu'on veut enlever l'idée qu'elles doivent être des bonnes épouses, bonnes ménagères, etc. Aujourd'hui, on pèche un peu à l'inverse et certaines n'ont pas toujours la compétence de s'ouvrir à divers types de relations.

Les problèmes d'organisation et de ménage semblent récurrents dans les couples, pourquoi ?

Ici, ce n'est pas de l'ordre de la pathologie. C'est une question d'organisation de l'espace et de volonté de marquer son territoire. L'un va ainsi passer son temps à nettoyer la place "souillée" par l'autre, par une chaussette par exemple. En faisant cela, le second a l'impression d'être effacé parce qu'on enlève ses affaires et le premier a l'impression d'être envahi.

Généralement, c'est le féminin qui se sent envahi et c'est le masculin qui se sent effacé. C'est un rapport contenant/contenu. Le contenant veut retrouver son espace à soi et effacer la trace de l'autre et le contenu veut absolument pouvoir prendre sa place et ne pas être effacé, ne pas être castré.

Peut-on être maniaque dans les rapports sexuels?

C'est un aspect qui va être plus pathologique, avec une perception de la sexualité comme étant quelque chose de sale qui renvoie à une idée agressive. La pulsion sexuelle est confondue avec un élan d'agressivité et donc perçue comme coupable ou sale. C'est ce qui se passait déjà quand on imaginait que les maladies étaient des saletés, des souillures à sortir du corps. La pulsion sexuelle est interprété de cette même façon.

Donc certaines personnes ne vont pouvoir aborder la sexualité qu'à condition d'essayer de lui enlever tout son aspect coupable et fantasmatique. Or les fantasmes sont le moteur de la sexualité, donc il y a un report sur un plan d'hygiène. Cela va se traduire par des incitations à se nettoyer ou portant sur l'odeur. Même l'odeur d'une transpiration normale est perçue comme étant quelque chose de dégradant chez l'autre qui montrerait une certaine perversité de sa sexualité. Finalement, c'est une sorte de tentative d'effacer la sexualité de la sexualité, ce qui est impossible. 

Europe 1
Par Catherine Blanc