"Si c'est AstraZeneca, je m'en vais" : méfiance dans les centres de vaccination français

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"Il faut continuer à utiliser ce vaccin", martèle la présidente du comité scientifique sur les vaccins, Marie-Paule Kieny. 2:30
"Il faut continuer à utiliser ce vaccin", martèle la présidente du comité scientifique sur les vaccins, Marie-Paule Kieny. © Thomas Samson / AFP
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À Douai, dans le département du Nord, les volontaires pour une injection au vaccin AstraZeneca contre le Covid-19 sont peu nombreux. En cause : une psychose qui s'est installée ces dernières semaines après des cas de thromboses. Face à ces inquiétudes, les autorités sanitaires veulent rassurer : ces cas sont extrêmement rares.
REPORTAGE

Dans le centre de vaccination de Douai, dans le Nord, il y a des chaises vides et peu de volontaires. Christophe, 58 ans, était pourtant bien prêt à se faire vacciner contre le Covid-19, mais à une seule condition. "Pas d'AstraZeneca. Si c'est AstraZeneca, je m'en vais", explique-t-il. Les craintes autour de ce vaccin se renforcent chez les Français, après la détection par l'Agence française du médicament de 9 nouveaux cas de thrombose. Ces vaccins sont boudés par une partie de la population, malgré le fait que les autorités sanitaires se montrent rassurantes. À Nice, le centre de vaccination, qui devait rester ouvert tout le week-end, a fermé faute de candidat.

Des patients parfois agressifs

"C'est retiré dans certains pays, donc je ne vois pas pourquoi je prendrais le risque. Je préfère garder mon masque, dans ce cas-là", explique Christophe, avant de quitter le centre de vaccination de Douai. Il n'est pas le seul à avoir fait demi-tour. Parfois, comme l'explique un médecin du centre, il y a une certaine tension avec les personnes âgées. "Un monsieur de 90 ans est arrivé, je l'accueille. La première question qu'il pose est 'C'est bien Pfizer ? C'est bien le Pfizer ?', avec une agressivité qu'on n'a pas l'habitude de voir chez ce genre de patients."

Des patients qui vont même jusqu'à vérifier ce qui est écrit sur la seringue pour vérifier que l'on ne leur injecte pas de l'AstraZeneca. "C'est un gros boulot de négociation. Les consultations de vaccination durent longtemps à cause de l''AstraZeneca", raconte le médecin. "Ces consultations durent 15-20 minutes, voire plus, alors qu'une consultation avec le vaccin Pfizer ne dépasse pas les 5 minutes."

Les autorités sanitaires se veulent rassurantes

Face au scepticisme, les autorités tentent de rassurer les Français. Ces cas de thromboses restent très rares, rappellent-elles. "Il faut continuer à utiliser ce vaccin", martèle la présidente du comité scientifique sur les vaccins, Marie-Paule Kieny. "Le problème, c'est qu'une fois qu'un mouvement de panique est lancé, c'est très difficile de l'arrêter", précise-t-elle. "Il faut quand même bien dire que ces effets secondaires et les thromboses très particulières sont extrêmement rares. On parle de quelques cas par millions de personnes vaccinées", rappelle la présidente du comité scientifique.

Marie-Paule Kieny ajoute que ce scepticisme risque d'avoir des conséquences sur la sortie de la crise sanitaire : "Il y a des gens qui, en raison de leur âge ou d'une maladie, ne peuvent être vaccinés qu'avec des vaccins ARN. Mais si les gens qui peuvent être vaccinés en toute sécurité par AstraZeneca insistent pour avoir des ARN aussi, cela veut dire que toute la campagne de vaccination va se trainer en longueur. On prendra beaucoup plus de temps pour arriver à se débarrasser de cette troisième vague".

Europe 1
Par Maximilien Carlier et Marion Gauthier, édité par Justine Hagard