Coca-Cola aurait versé plus de 8 millions d'euros pour orienter la recherche scientifique en France

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Le lobbying exercé en France par Coca-Cola aurait notamment servi à mettre en avant des travaux scientifiques ciblant le manque d’activité physique dans les problèmes de poids, et passant sous silence le rôle de l’alimentation. © GEORGE FREY / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
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Le géant américain aurait activement participé en France au financement de travaux et de communications scientifiques passant sous silence les effets des sodas et autres boissons ultra sucrées sur la santé.

Combien Coca-Cola a-t-il dépensé pour faire oublier les risques liés aux boissons qu'il commercialise ? Publiée mercredi, une enquête du Monde révèle que la firme américaine blanche et rouge, également propriétaire des marques Minute Maid, Fanta, Finley ou Sprite, a grassement rémunéré entre 2010 et 2016 chercheurs et professionnels français de la Santé pour des travaux, publications scientifiques et conférences, mettant en avant le manque d'activité physique plutôt que le rôle de l'alimentation dans l'obésité. Pour rappel : une canette de Coca-Cola contient l'équivalent de sept morceaux de sucre.

Depuis 2010, la firme aurait ainsi dépensé plus de 8 millions d'euros dans l'Hexagone pour financer plusieurs recherches en matière de santé, mais aussi des associations médicales, sportives, ou même certains événements, révèle le quotidien du soir, qui a passé au peigne fin une série de données chiffrées publiées par Coca-Cola en 2016, grâce à l'insistance de l'ONG Foodwatch de défense des consommateurs. Selon Le Monde, ces financements relèveraient "dans leurs grande majorité de la communication ou du sponsoring pur, et non d'un authentique travail scientifique". 

 

Des travaux sous influence ? 

Le journal a recueilli le témoignage de plusieurs professionnels de santé, démarchés par la firme pour rédiger des articles sur le lien entre les boissons sucrées et le poids ou encore sur les effets de certains  édulcorants comme l'aspartame. Dans la plupart des travaux cités par le journal, les conclusions rendues n'établissent pas de de relation causale nécessaire entre l'aliment et une prise de poids ou un dérèglement de l'organisme. 

Xavier Bigard, ancien président de la Société française de médecine du sport, désormais directeur médical de l'Union cycliste international, a confirmé avoir touché 4.000 euros de Powerade, une boisson énergétique lancée en 1988 par Coca-Cola, pour une conférence "sur les règles d'hydratation du sportif". Bernard Waysfedls, psychiatre spécialisé en nutrition, avoue avoir perçu un montant similaire pour une communication lors d'un colloque en 2011 "sur les boissons des ados". Sa présentation, a-t-il expliqué au Monde, a été "longuement travaillée et harmonisée avec les responsables de Coca-Cola" De son côté, la firme explique avoir cessé ce type de collaboration depuis 2016.

 

Le Monde met encore en avant plusieurs essais de recherche conduits en France sur l'alimentation et financés par Coca-Cola. Le premier, mené par la société commerciale CréaBio, pour un montant de 930.000 euros, portait sur les édulcorants intenses. Une autre recherche, également centrée sur les additifs alimentaires, a été réalisée par le CHU de Rennes pour le compte de l'Institute for European Expertise in Physiology, qui a touché quelque 720.000 euros de Coca-Cola entre 2010 et 2014. "Bien sûr qu'ils ont regardé les conclusions. On sait que les résultats leur appartiennent", a reconnu auprès du Monde l’endocrinologue Fabrice Bonnet, présenté comme "l'investigateur principal" de cet essai.