Le Pen et Salvini réunis à Milan : les partis eurosceptiques peuvent-ils vraiment peser en Europe ?

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Dix partis se réuniront samedi à Milan autour de Matteo Salvini et de Marine Le Pen.
Dix partis se réuniront samedi à Milan autour de Matteo Salvini et de Marine Le Pen. © Alberto PIZZOLI / AFP
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Marine Le Pen rejoint samedi son allié Matteo Salvini à Milan, avec dix autres partis, pour une démonstration de force à une semaine des européennes. Mais les eurosceptiques ne pourraient finalement pas peser si lourd au sein du Parlement.
ON DÉCRYPTE

Ils sont douze. Douze partis du camp nationaliste en Europe à se réunir samedi à Milan autour des deux leaders, français et italien, Marine Le Pen et Matteo Salvini. Objectif : dessiner les contours d'un "super groupe" au Parlement européen. Facile à dire, difficile à faire ?

Entre 70 et 80 élus selon les prévisions

En Italie, la Ligue devrait entrer en force au Parlement européen, avec 26 eurodéputés selon les dernières prévisions, soit 20 de plus qu'actuellement. Le Rassemblement national, donné gagnant avec 24% des intentions de vote devant la République en marche (22%) par un sondage OpinionWay Tilder diffusé jeudi, devrait lui repartir avec vingt sièges (+5) quand l'AfD allemande pourrait en remporter onze (+10).

Avec 70 ou 80 élus au total, sauf énorme surprise, le RN et ses alliés seront néanmoins bien loin d'avoir la majorité au Parlement européen le soir du 26 mai. Se profile donc un nouveau mandat dans l'opposition. "Si on est nombreux, les partis majoritaires ne pourront plus nous ignorer" veut croire un proche de Marine Le Pen. Une vision très optimiste de la situation, juge le politologue Jean-Yves Camus. Selon lui, le pouvoir des eurosceptiques restera très limité : "Quand on passera au vote, sauf tremblement de terre, la majorité de ceux qui disent 'on continue' sera supérieure à la majorité de ceux qui disent 'stop'. Marine Le Pen, avec son plan qui consiste à dire 'je vais changer les choses de l'intérieur avec mes amis', vend à mon avis quelque chose qui n'est possible ni arithmétiquement ni politiquement", analyse-t-il au micro d'Europe 1.

L'enjeu est de devenir la troisième force à Strasbourg

Ces dernières semaines, Marine Le Pen a sillonné l'Europe pour soutenir quelques petites formations alliées qui n'ont pas encore d'élus (Volya, SPD, Sme Rodina, Ekre). Le chef de la Ligue, Matteo Salvini, a quant à lui lancé un appel le 8 avril à unir les "forces patriotiques et conservatrices" en vue d'une Europe avec "moins d'immigration" et s'attaquant "au terrorisme et à l'islamisation". Il est parvenu à convaincre l'AfD, pourtant en désaccord avec le protectionnisme du RN, et à débaucher deux petits partis scandinaves du groupe conservateur CRE, le Parti du peuple danois, et les Vrais Finlandais.

Leur ambition est de constituer un "super groupe" à partir du groupe Europe des nations et des libertés (ENL) au Parlement européen, où siègent déjà le RN, la Ligue, le FPÖ autrichien ou le Vlaams Belang flamand. L'enjeu est de devenir la troisième force au Parlement de Strasbourg, une place que convoitent aussi les libéraux de l'ALDE, où pourraient siéger les élus français pro-Macron.

De nombreux désaccords

Nul ne peut toutefois occulter l'absence de Viktor Orban à Milan. Le Premier ministre national-conservateur hongrois, qui a promis à Matteo Salvini d'engager une "coopération" après les élections, refuse toute "alliance" avec Marine Le Pen. "Le supergroupe, il existera avec ou sans M. Orban, même si ça aurait une cohérence", se défend Marine Le Pen. Le PiS polonais, malgré un déplacement de Matteo Salvini à Varsovie en janvier, brillera lui aussi par son absence.

Ces partis sont en effet loin d'être d'accord sur tout. La cheffe du RN peine à séduire certains partis souverainistes en raison de son protectionnisme économique ou de sa proximité avec la Russie, qui passe mal dans les anciens pays communistes. Et certaines formations refusent aussi d'êtres associées au nom "Le Pen", qu'elles associent aux affaires des emplois fictifs ou aux dérapages de l'ancien président du FN Jean-Marie Le Pen.

Celle-ci compte néanmoins sur l'expérience au pouvoir de ses alliés en Europe pour convaincre en France de sa capacité à gouverner sans semer le "chaos". "Nous représentons une alternance" à l'UE, répète-t-elle. Reste à savoir si sa stratégie européenne sera gagnante pour elle : 62% des Français considèrent comme une "mauvaise nouvelle" l'idée d'une coalition RN-Ligue, selon un sondage Odoxa.

Preuve qu'elle est une alliée qui compte, Marine Le Pen s'exprimera toutefois en avant-dernier, juste avant Matteo Salvini, qui espère réunir 100.000 personnes dans le berceau historique de la Ligue. "On va insister sur les points qui nous rassemblent", insiste un stratège du FN : critique de l'Union européenne, aversion pour l'immigration… Les points de crispation seront quant à eux soigneusement mis sous le tapis.