Quelles conséquences du coronavirus sur la participation et l'organisation des municipales ?

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Difficile de mesurer l'impact du coronavirus sur la participation aux municipales.
Difficile de mesurer l'impact du coronavirus sur la participation aux municipales. © AFP
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Le premier tour des élections municipales se tient ce dimanche, en pleine pandémie mondiale de coronavirus, et alors que la France est particulièrement touchée. Dans ce contexte, nombre d'élus et de responsables politiques ont tenu à rassurer la population sur la bonne tenue du scrutin et des dispositifs spéciaux ont été mis en place pour limiter l'impact de la maladie.

Épidémie de coronavirus ou pas, pas question de reporter les élections municipales. Ces dernières semaines, l'exécutif a été catégorique là-dessus. Et après un après-midi d'hésitation, jeudi, le président de la République, Emmanuel Macron, a décidé de maintenir le scrutin. Mais alors que la propagation de la maladie ne faiblit pas, cela pourrait avoir des conséquences, notamment sur la participation. Pour l'éviter, des mesures spéciales ont été mises en place. Elles doivent permettre à la fois de rassurer les électeurs potentiels mais aussi, très concrètement, d'empêcher toute nouvelle contamination.

Un effet sur la participation difficile à mesurer

Les conditions sont-elles réunies pour voter sans risque ce dimanche et le prochain ? "Je pense que oui", répondait Gérard Larcher, président du Sénat, sur Europe 1 jeudi matin. "Je pense que ce n'est pas plus problématique d'aller voter que de continuer à travailler", abondait le député LFI Eric Coquerel, toujours sur notre antenne, mardi. 

Reste que le coronavirus pourrait bien pousser les Français à rester chez eux. Mais les conséquences sont très difficiles à mesurer, surtout en l'absence de précédent. Dans le sondage BVA exclusif pour Europe 1 dévoilé cette semaine, l'estimation de la participation, à 56%, était "proche de celle enregistrée au 1er tour de 2014". "Elle pourrait s'avérer légèrement plus faible si les réticences de certains électeurs à se déplacer jusqu'aux urnes dans un contexte sanitaire particulier se confirmaient", écrivait alors l'institut.

Les responsables politiques, eux, se montrent sereins. Chez Europe Ecologie-Les Verts, un cadre reconnait que le risque d'abstention est "inquiétant". "Mais j'ai l'impression que les peurs sont localisées. Les réalités territoriales sont très différentes." Du côté de la France insoumise, on n'a "pas d'inquiétudes particulières".

Difficultés pour l'organisation

Du côté des organisateurs du scrutin, on pointe néanmoins des difficultés d'organisation. L'Association des maires de France estime par exemple qu'il sera difficile de trouver du monde pour tenir les bureaux. Les assesseurs sont des élus qui peuvent être réquisitionnés mais la situation serait différente si les fonctionnaires exercent un droit de retrait. "Il y a des agents territoriaux qui interviennent, ils sont à l’entrée, ils comptent les enveloppes… Imaginons qu'ils fassent comme les agents du Louvre [qui on exercé un droit de retrait, NDLR], on serait drôlement en difficulté", explique Agnès Le Brun, porte-parole de l'AMF, à Europe 1

"Une dame dont le mari est à risque a préféré se désister pour ne pas le contaminer", indique à La Croix Guy Laîné, maire adjoint de Saint-Amand-Montrond, dans le Cher. Dans les colonnes du même journal, un assesseur toulousain de 64 ans explique avoir renoncé en raison des "risques de contamination assez importants".

Des gestes à respecter et des bureaux de vote plus propres que jamais

Pour rassurer et éviter toute catastrophe sanitaire, les communes mettent donc en place des mesures particulières. À Mougins par exemple, de l'eau, du savon, un gel hydroalcoolique mais aussi des gants seront fournis par la mairie dans les 16 bureaux de vote. Aucun cas de coronavirus n'a été détecté, mais cela n'empêchera pas l'installation de pancartes à l'entrée des bureaux pour rappeler les réflexes à adopter. "Présenter la carte électorale ouverte, présenter la carte d'identité côté photo pour éviter les manipulations. On peut venir avec son stylo. J'ai demandé aussi une distance d'un mètre entre les personnes qui viennent voter", égrène Richard Galy, le maire, qui est également médecin.

"On va désinfecter régulièrement les planches à voter", complète Cécile, employée de mairie, qui a accepté d'être mobilisée pour l'organisation dimanche. Voter en appuyant sur un bouton permet un dépouillement automatique, donc sans manipulation, ce qui diminue d'autant les risques.

Tout le monde compte sur le civisme

À Marseille, les bureaux de vote promettent aussi d'être plus propres que jamais. Lingettes pour nettoyer les tables, serpillières pour les sols... l'affichage à l'entrée conseillera également au public un lavage des mains en arrivant et en repartant, conformément à ce que recommande l'agence régionale de santé. Mais aucune de ces mesures n'étant contraignante, il ne sera pas possible de refouler un électeur qui refuserait de s'y soumettre. Tout le monde compte donc sur le civisme.

Néanmoins, ces mesures spéciales risquent d'allonger le temps de vote de chacun. Dans la cité phocéenne, le préfet de région, Pierre Dartout, a donc demandé à certaines communes de fermer leurs bureaux jusqu'à 19 heures ou 20 heures au lieu de 18 heures.