ÉDITO - "Gilets jaunes" : interdire les manifestations dans certains lieux ? "Un élément de guerre civile", pour Jean-Michel Aphatie

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Notre éditorialiste Jean-Michel Aphatie estime mardi que l'exécutif a été contraint de prendre plusieurs mesures qui sont ni plus ni moins "des éléments de guerre civile" dans la crise des "gilets jaunes".
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Interdiction de manifester dans certains quartiers, nouveaux moyens pour les forces de l'ordre, limogeage du préfet de police… L'exécutif veut reprendre la main après les violences survenues lors de l'acte 18 des "gilets jaunes", samedi. Des mesures de "bon sens", juge notre éditorialiste Jean-Michel Aphatie, mais qui constituent également un véritable "piège", comme il l'explique mardi matin.

"Il faut espérer que ça marche pour les 'gilets jaunes', parce que cette violence ne sert évidemment pas leur cause. Il faut l'espérer pour l'intérêt général, parce qu'on ne peut pas vivre dans ce climat, avec des scènes de pillage qui dépassent l'entendement.

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Il faut analyser les mesures présentées lundi par le Premier ministre pour mesurer le risque qu'elles comportent et le piège dans lequel elles nous enferment. Le Premier ministre dit : 'à Paris, à Bordeaux et à Toulouse, on ne pourra plus manifester dans des lieux symboliques', comme les Champs-Élysées à Paris, la place Pey-Berland à Bordeaux ou le Capitole à Toulouse. C'est une mesure de bon sens. On ne peut pas livrer chaque semaine les Champs-Élysées aux pillages. 

En même temps, c'est une escalade car on commence à interdire des manifestations. Il y a quelques jours ou quelques semaines, on n'imaginait pas ça. Le gouvernement, les pouvoirs publics et les responsables politiques disaient que ce droit de manifester était constitutionnel.

On va déplacer le problème parce que les manifestants qui ne pourront pas aller sur les Champs-Élysées iront ailleurs et les violences se produiront ailleurs. Donc l'engrenage mis en place est celui de l'interdiction totale des manifestations. Il faut se rappeler que les 'gilets jaunes' sont un mouvement de contestation sociale. Interdire des manifestations qui portent des revendications sociales, c'est d'une certaine manière vouloir étouffer la douleur qu'on ne peut pas soulager.

" Il y a dans l'esprit public quelque chose qui peut relever de l'affrontement entre les Français "

Ça peut radicaliser en masse une partie de la population. Il y a dans l'esprit public quelque chose qui peut relever de l'affrontement entre les Français. Ç'a n'est pas la guerre civile parce qu'il faut la coagulation de nombreux éléments pour qu'on soit dans une guerre civile, mais ce sont des éléments épars de guerre civile. C'est extrêmement dangereux.

C'est pareil pour l'engagement des forces de l'ordre : le Premier ministre dit que le contact sera plus direct. On a bien vu qu'aux Champs-Élysées, samedi, casseurs et pilleurs avaient été livrés à eux-mêmes. Mais que veut dire 'contact plus direct' ? 'En donnant plus de mobilité aux forces de l'ordre, nous les exposerons à des contacts plus durs', dit-il. Ça veut dire qu'aujourd'hui, le gouvernement assume davantage de blessés dans les opérations de maintien de l'ordre, et peut-être davantage que des blessés. C'est une évolution terrible dans le discours. Ça aussi, c'est un élément de guerre civile.

Au total, on a pensé que le grand débat avait permis de surmonter la crise des gilets jaunes. Ce qu'on comprend, après la journée de samedi et les décisions de lundi, qu'au contraire, nous sommes sûrement entrés dans la phase la plus dangereuse de la crise provoquée par les 'gilets jaunes'."

Europe 1
Par Jean-Michel Aphatie