Dans les coulisses de l'éviction de Jean-Yves Le Drian du ministère de la Défense

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David Doukhan, édité par A.H. , modifié à
De nombreux observateurs politiques s'attendaient à ce que Jean-Yves Le Drian conserve son portefeuille dans le gouvernement d'Emmanuel Macron. Ça n'a pas été le cas…
L'ENQUÊTE DU 8H

C’était l’une des surprises de ce gouvernement : tout le monde pensait que Jean-Yves Le Drian allait rester maître de son ministère de la Défense. C'est d'ailleurs ce que souhaitait l'intéressé. Pourtant, il a finalement dû lâcher l’hôtel de Brienne, au profit de Sylvie Goulard.

Deux hommes (beaucoup) trop influents à la Défense. Si Jean-Yves Le Drian a été écarté, c'est avant tout parce qu’il était trop puissant. Le Breton était carrément devenu un Etat dans l’Etat, et Emmanuel Macron était aux premières loges pour le constater lorsqu'il était à Bercy. Tout comme son directeur de cabinet de l’époque, Alexis Kohler, aujourd’hui Secrétaire général de l’Élysée. Celui-ci a joué un rôle crucial dans l’exfiltration de Jean-Yves Le Drian vers le Quai d’Orsay. Il se souvenait parfaitement d’un autre homme de l’ombre : Cédric Lewandovski, le directeur de cabinet de Jean-Yves Le Drian à la Défense. Il faut dire qu'Alexis Kohler a maintes fois été témoin des techniques de Lewandowski. Ce spécialiste de la lutte d’influence avait, à plusieurs reprises, cassé le bras des hommes de Bercy pour sauver les crédits militaires, en obtenant des arbitrages favorables directement à l’Élysée. Pas question, ni pour Emmanuel Macron, ni pour Alexis Kohler, de faire face à des situations similaires dans les cinq ans à venir. C'était un enjeu de pouvoir. Résultat : Jean-Yves Le Drian est nommé aux Affaires étrangères, et Cédric Lewandovski est complètement sorti du dispositif.

Un retour à la normale au ministère. La nouvelle ministre de la Défense, Sylvie Goulard, aura assurément moins de pouvoir qu’en avait Jean-Yves Le Drian. L'hôtel Brienne devrait regoûter à des pratiques classique : le ministre s’occupe de la gestion des armées, le chef de l’Etat prend les décisions stratégiques. Cette hiérarchie claire a toujours été établie ainsi, que ce soit sous Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac ou encore François Mitterrand. C’est le quinquennat de François Hollande qui, en réalité, a fait exception. Le président avait une telle confiance en son ami Le Drian qu’il avait presque fait acte de délégation de pouvoir à son endroit. La situation ne se reproduira pas avec Emmanuel Macron, qui compte bien endosser le costume de seul et unique chef des armées. Sylvie Goulard devra s’occuper de leur gestion, des effectifs, de la formation, du matériel, etc. La stratégie, elle, sera bien décidée à l'Élysée.

Un budget moins bien défendu ? Pour autant, ce retour à la normale dans la répartition des pouvoirs en matière militaire ne signifiera pas forcément que le budget du ministère sera moins bien défendu. Lors de sa campagne, le candidat d'En Marche! avait même promis de l'augmenter à hauteur de 2% du PIB. Mais il sera totalement libre dans ce domaine, puisque Sylvie Goulard a toujours été une adepte de la rigueur budgétaire. Elle considère par exemple que le fait que la France soit engagée dans des opérations extérieures ne peut pas être une raison pour ne pas respecter la règle des 3% de déficit budgétaire, exigée par l'UE.