Baisse du nombre de parlementaires : Retailleau prêt à des efforts, "mais pas au détriment des territoires"

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A.H. , modifié à
Au lendemain des annonces du Premier ministre sur la réforme des institutions, le sénateur LR Bruno Retailleau s'oppose à l'ampleur de la baisse du nombre de parlementaires.
INTERVIEW

Une baisse de 30% du nombre de parlementaires et 15% de proportionnelle pour les législatives à compter de 2022 : voici en substance les deux principales mesures de la réforme des institutions, annoncées par Edouard Philippe mercredi. 

"Est-ce que ça sert uniquement à Macron ?" La baisse de 30% des parlementaires ramènera le nombre des députés à 404 contre 577, et des sénateurs à 244 contre 348 actuellement. Pour Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, si les élus ne doivent pas être exempts d'efforts structurels, c'est le chiffre avancé qui pêche. "Mon groupe n'est pas du tout opposé à une baisse du nombre de députés ou du nombre de sénateurs. Mais on ne peut pas réduire la révision constitutionnelle à un simple chiffre, il faut savoir à quoi cela sert. Est-ce que ça sert uniquement à Emmanuel Macron pour concentrer encore un peu plus son pouvoir, ou est-ce que ça sert aux Français pour traiter des déséquilibres ?", a-t-il avancé au micro de Patrick Cohen, dans la Matinale d'Europe 1 jeudi.

Entendu sur europe1 :
Il ne suffit pas de dire 'On coupe des têtes' pour régler tous les problèmes des Français

Une "crise de l'éloignement des élus". Concrètement, la baisse du nombre d'élus fait craindre au sénateur de Vendée une aggravation de la défiance des Français à l'égard des politiques. "Quand il n'y aura plus qu'un élu par département, qu'ils n’apparaîtront plus aux inaugurations… on va alimenter la crise de la confiance. Les gens diront 'on ne les voit plus'", illustre Bruno Retailleau, qui se défend de tout "fétichisme" sur cette question. "La loi des nombres n'est pas la loi des hommes. La crise de confiance est aussi une crise de l'éloignement des élus. (…) Si on doit faire des efforts, on les fera. Mais pas au détriment des territoires les plus faiblement peuplés. (…) Il ne suffit pas de dire 'On coupe des têtes' pour régler tous les problèmes des Français", complète-t-il.

"Très prudent" sur la proportionnelle. Quant à la dose de proportionnelle, là encore, Bruno Retailleau grince des dents. "Les gaullistes sont assez hostiles à la proportionnelle. On est très prudents. Le moins il y en aura, le mieux ça vaudra", glisse-t-il. L'introduction d'une part de 15% de proportionnelle lors des prochaines élections législatives est "un gadget pour certains, de l'aumône" pour d'autres. "Ça ne satisfait personne", s'agace l'élu, qui interroge : "Pourquoi est-ce qu'Emmanuel Macron tient absolument à la proportionnelle ? Parce qu'il a dealé, au moment des présidentielles, l'accord du 22 février avec Monsieur Bayrou. Je ne vois pas pourquoi on serait les greffiers de ce marchandage entre Monsieur Macron et Monsieur Bayrou", dénonce le sénateur Les Républicains.

Le texte pourrait être bloqué. Au micro d'Europe 1 jeudi matin, Bruno Retailleau prévient : si aucun accord n'est trouvé sur le nombre de parlementaires, le groupe LR pourrait bloquer la partie constitutionnelle de la réforme. "Tel qu'est le texte, je vois mal les sénateurs LR le voter. Mais il va y avoir le débat parlementaire, et on peut améliorer le texte. Si le gouvernement est bloqué, je pense que ce sera l'échec, si le gouvernement écoute, je pense qu'on peut progresser."