Affaire Fillon : la procureure générale de Paris dit n'avoir reçu "aucune instruction du pouvoir exécutif"

, modifié à
  • A
  • A
La procureure générale de Paris a assuré jeudi n'avoir reçu "aucune instruction du pouvoir exécutif" pour influer sur l'affaire Fillon.
La procureure générale de Paris a assuré jeudi n'avoir reçu "aucune instruction du pouvoir exécutif" pour influer sur l'affaire Fillon. © AFP
Partagez sur :
La procureure générale de Paris a assuré jeudi n'avoir reçu "aucune instruction du pouvoir exécutif" pour influer sur l'affaire Fillon, après des propos de l'ex-cheffe du parquet national financier Eliane Houlette qui ont suscité des accusations d'"instrumentalisation" de la justice.

"Je n'ai reçu dans l'affaire Fillon comme dans tous les autres dossiers relevant de mon contrôle hiérarchique aucune instruction de la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG), aucune instruction du pouvoir exécutif et (...) je n'ai jamais relayé une demande du garde des Sceaux ou du pouvoir exécutif pour influer sur une procédure", a déclaré Catherine Champrenault, la procureure générale de Paris, devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur l'indépendance de la justice.

"Ne pas céder à la facilité d'une réécriture de l'histoire"

Elle était entendue pour la deuxième fois par les députés, l'ex-cheffe du parquet national financier Eliane Houlette ayant semé le trouble le 10 juin en évoquant, devant cette même commission, le "contrôle très étroit" qu'aurait exercé le parquet général, son autorité de tutelle directe, dans la conduite des investigations.

Eliane Houlette avait notamment évoqué "des demandes de transmission rapide" sur les actes d'investigation ou les auditions et révélé avoir été convoquée par le parquet général qui plaidait pour que l'enquête soit confiée à un juge d'instruction.

"Il ne faudrait pas céder à la facilité d'une réécriture de l'histoire", a lancé Catherine Champrenault. "Le suivi de l'action publique par le procureur général, loin d'être une pression, constitue le mode de fonctionnement normal, institutionnel, légal et même déontologique pour l'ensemble des magistrats du ministère public", a-t-elle expliqué.

Rappelant le contexte de l'ouverture de l'enquête préliminaire visant François Fillon, le 25 janvier 2017, soit "à trois mois de l'élection présidentielle", la procureure générale a souligné que les actes d'investigations étaient "menés tambour battant". "L'intensité de la remontée d'informations (du PNF vers le parquet général, ndlr) a été à la seule mesure de l'intensité des actes diligentés" qui ont été "annoncés ou commentés dans la presse", a-t-elle déclaré.

"Sa défense demandait une ouverture d'information judiciaire"

Selon Catherine Champrenault, dans cette affaire, la DACG a fait "deux demandes" visant "les résultats des actes d'enquête mais jamais" avant. Par ailleurs, "neuf transmissions" ont été "adressées directement" par le PNF au parquet général, "spontanément", tandis que le parquet général a fait "quatre demandes d'informations".

"Je sais qu'on voudrait me faire dire qu'on a ouvert une information pour faire démissionner M. Fillon", a poursuivi Catherine Champrenault. "Mais sa défense demandait une ouverture d'information judiciaire", dès "le 9 février", a-t-elle observé.

Un juge d'instruction sera finalement saisi le 24 février. Donné favori à la présidentielle, le chantre de la droite conservatrice avait été éliminé au premier tour après une campagne minée par cette affaire. "Cette affaire méritait qu'un juge d'instruction, plus indépendant en raison de son statut, soit saisi", a-t-elle estimé.

François et Pénélope Fillon ont été jugés coupables lundi, lors de leur procès pour des soupçons d'emplois fictifs, condamné à cinq ans de prison dont deux ferme pour le premier, et à 3 ans de prison avec sursis pour la seconde. Le couple a annoncé faire appel de sa condamnation.