Affaire Fillon : une ex-procureure affirme avoir reçu des "pressions" hiérarchiques

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"On ne peut que se poser des questions" quant au contrôle du parquet général sur l'enquête dans l'affaire Fillon estime l'ex-procureure Eliane Houlette (photo d'illustration).
"On ne peut que se poser des questions" quant au contrôle du parquet général sur l'enquête dans l'affaire Fillon estime l'ex-procureure Eliane Houlette (photo d'illustration). © Thomas SAMSON / AFP
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Entendue le 10 juin par la commission d'enquête parlementaire sur l'indépendance de la justice, Eliane Houlette, ancienne cheffe du parquet national financier (PNF), s'est émue du "contrôle très étroit" qu'aurait exercé le parquet général dans la conduite de l'enquête sur les soupçons d'emplois fictifs visant les époux Fillon. 

Plusieurs responsables politiques ont crié au scandale jeudi après les déclarations de l'ancienne cheffe du parquet national financier (PNF) qui dit avoir subi des "pressions" de sa hiérarchie dans la conduite de l'enquête sur l'affaire Fillon

 

Un contrôle "très étroit" du parquet général, selon l'ex-cheffe du PNF

Entendue le 10 juin par la commission d'enquête parlementaire sur l'indépendance de la justice, Eliane Houlette a réaffirmé avoir décidé, en janvier 2017, en toute indépendance d'ouvrir une enquête visant les époux Fillon après des soupçons d'emplois fictifs révélés par le Canard Enchaîné. Cette enquête, lancée en pleine campagne présidentielle, avait empoisonné la candidature de François Fillon à l'Elysée et conduit au printemps 2020 à son procès en correctionnelle aux côtés notamment de son épouse Penelope. Le jugement est attendu le 29 juin.

Lors de son audition, Eliane Houlette s'est en revanche émue du "contrôle très étroit" qu'aurait exercé le parquet général, son autorité de tutelle directe, dans la conduite des investigations. "Le plus difficile (...) a été de gérer en même temps la pression des journalistes - mais ça on peut s'en dégager - (...) et surtout la pression du parquet général", a déclaré l'ex-procureure, partie à la retraite en juin 2019.

Eliane Houlette a notamment évoqué "des demandes de transmission rapide" sur les actes d'investigation ou les auditions et a révélé avoir été convoquée par le parquet général qui plaidait pour que l'enquête soit confiée à un juge d'instruction. "On ne peut que se poser des questions, c'est un contrôle très étroit et c'est une pression très lourde", a-t-elle dit.

LR dénonce des accusations "extrêmement graves"

Directement mise en cause, la procureure générale de Paris Catherine Champrenault dit, dans un message transmis à l'AFP, "regretter que ce qui est le fonctionnement régulier du ministère public soit assimilé à des pressions". Déjà en poste au moment de l'affaire Fillon, elle "rappelle que son action s'est toujours inscrite dans l'exercice de ses prérogatives légales de veiller à l'application de la loi et au bon fonctionnement des parquets placés sous son autorité".

 

Passées inaperçues, les déclarations d'Eliane Houlette ont resurgi à la faveur d'un article du Point et provoqué l'indignation de familles politiques très éloignées. LR, qui a souvent dénoncé une "instrumentalisation" de la justice dans l'affaire Fillon, a évoqué des accusations "extrêmement graves". Tous deux visés par des enquêtes du PNF, le RN et LFI ont, eux, vu dans ces "pressions" la preuve d'une justice aux ordres.

"La vérité est en chemin", selon Jean-Luc Mélenchon

"L'ex-chef du pôle financier avoue avoir agi sous pression dans l'affaire Fillon. Responsable ? La chef du parquet qui a ordonné les perquisitions odieuses contre LFI (en réalité ordonnées par le parquet de Paris, ndlr). La vérité est en chemin", a tweeté Jean-Luc Mélenchon, chef de file des Insoumis. "Et dire que lorsque nous dénonçons l'instrumentalisation de la justice, certains nous traitent de complotistes... La vérité éclate et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg", a commenté Marine Le Pen sur Twitter.

Selon les règles en vigueur, le parquet général peut demander des remontées d'information aux parquets et les transmettre à la direction des affaires criminelles et des grâces au sein de la Chancellerie, qui peut les faire suivre au cabinet du garde des Sceaux. En revanche, la loi Taubira de 2013 interdit au garde des Sceaux de donner des instructions dans les dossiers individuels.