Martine Aubry continue d'y croire

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Camille Langlade et Benjamin Bonneau (avec F.C) , modifié à
ENQUETE - Elle pense à Matignon. Mais sa mésentente avec Hollande pourrait être rédhibitoire.

Se tenir au courant, et le faire savoir. Elle pourrait difficilement être plus discrète. Depuis que François Hollande a choisi Jean-Marc Ayrault comme Premier ministre - ce à quoi elle s’attendait -, Martine Aubry est économe de ses mots. Pas de ses actes. Ainsi l'ancienne patronne du PS, qu' Europe 1 a pu rencontrer longuement, est furieuse contre les récents articles de journaux qui la décrivent comme "abattue et retranchée dans sa mairie de Lille", elle qui se décrit plus volontiers comme une femme politique ultra-connectée aux dossiers nationaux.

Son actualité : elle consulte à tout va. Preuve de son intérêt toujours présent pour les affaires du pays, elle reçoit les ministres à la chaîne. Comme une certaine Ségolène Royal d’ailleurs… La semaine dernière, c'est Manuel Valls qui est venu partager un déjeuner en tête à tête avec elle. Avant cela, la maire de Lille avait vu Michel Sapin, Arnaud Montebourg et bien sûr, Jean-Marc Ayrault. Elle consulte aussi les grands patrons de GDF Suez, Veolia ou Danone mais aussi le président de la banque publique d'investissement, Jean Marc Jouyet, proche d'entre les proches de François Hollande. Le grand intérêt qu'elle porte à l’économie est palpable. Ses fidèles à l'Assemblée lui rendent donc compte régulièrement des projets de loi sur l'emploi ou sur la réforme bancaire.

Sa stratégie : elle se montre disponible. Martine Aubry consulte donc, réfléchit à l'avenir de la France et surtout se tient prête au cas où... sans pour autant faire de plan de carrière, assure son entourage. "Si le pays a besoin d'elle, elle est disponible comme elle l'a toujours été", assure son ancien directeur de cabinet, Jean-Marc Germain. En attendant la deuxième partie du quinquennat - 2014 sonnera l'heure des comptes pour le gouvernement Ayrault avec le bilan de "l'agenda du redressement", la maire de Lille joue la carte de la discrétion. "Elle ne veut pas être un "shadow Premier ministre" ou un "shadow Premier secrétaire", elle veut vraiment être dans la préparation de l'avenir", glisse encore Jean-Marc Germain.

Son objectif : Matignon ? Cela reste dans un coin de sa tête, mais la partie est loin d’être gagnée. Conquérir Matignon passe inévitablement par François Hollande. Or, depuis l’élection présidentielle, les deux camarades ne se sont même pas passé un coup de fil… En privé, Martine Aubry juge parfois sévèrement l’action engagée par la majorité, notamment l’accord sur la sécurisation de l’emploi, qu’elle juge imparfait. La mésentente perdure entre les deux, et pourrait même être rédhibitoire pour la maire de Lille. A en croire des proches du chef de l’Etat, aucune situation politique ne pourrait en effet amener le président à la nommer à Matignon.