Face à une viticulture de plus en plus dépendante de la météo, Thomas Saiter plaide, dans "La France bouge", pour l'anticipation et l'observation. Avec des vendanges avancées et des maturités atteintes plus tôt, le changement climatique pose des défis, mais permet aussi, à court terme, de produire des vins de meilleure qualité.
Dans "La France bouge", Elisabeth Assayag et ses invités font le tour de France des initiatives positives et novatrices. Ce 9 février, Thomas Saiter, président de la Maison Louis Jadot, a livré son expertise sur la situation du monde viticole en France.
La viticulture a toujours été étroitement liée aux conditions météorologiques. "Tous les vignerons ont toujours été météo-dépendants, il ne faut pas l'oublier", rappelle-t-il. Face aux évolutions actuelles, pas question de céder à la précipitation. L'enjeu, selon lui, repose d’abord sur l'observation, dans un contexte médiatique et numérique qui tend parfois à accélérer la perception des changements.
Des vendanges de plus en plus précoces
L'anticipation est devenue une nécessité, notamment pour les vendanges. "On vendange de plus en plus tôt si on prend un temps long". Un constat chiffré illustre cette évolution : certaines récoltes débutent désormais en août. "Il y a 30 ans, des vendanges au mois d'août, ça n'existait pas. Aujourd’hui, ça commence à devenir la norme". En 2025, le domaine a effectivement lancé les vendanges dès le mois d’août, une situation inconnue des générations précédentes.
Pour autant, le discours se veut nuancé et porteur d’espoir. "La vie s'adapte", insiste-t-il. À court terme, et en raisonnant sur l'instant présent, la viticulture parvient non seulement à faire face, mais aussi à progresser. "On continue à produire, peut-être même, des vins bien meilleurs qu'il y a 25 ans".
Un impact climatique pas uniquement négatif
Cette amélioration s'explique par des maturités plus faciles à atteindre et par l'évolution des techniques et du savoir-faire. Un constat qui peut surprendre. "Je ne dis pas qu’il ne faut pas être attentif au réchauffement climatique, mais il ne faut pas dire non plus qu'aujourd’hui, ce n'est que négatif". Si la chaleur et l'ensoleillement imposent de nouvelles contraintes, notamment pour les équipes dans les vignes, ils ne produisent pas uniquement des effets défavorables à l’instant T.
Conscient des enjeux pour les générations futures, le vigneron plaide pour une approche équilibrée. Anticiper les prochaines étapes reste indispensable, mais sans occulter une réalité actuelle : "Aujourd’hui, ce changement nous a aussi permis de produire de meilleurs vins qu’on ne le faisait par le passé".