Ce dimanche 18 janvier, près de 11 millions de Portugais sont appelés aux urnes pour élire le successeur du président Marcelo Rebelo de Sousa, à la tête du pays depuis 10 ans. À quelques jours du scrutin, il est encore difficile de dire qui sera au second tour. Un événement qui s'annonce déjà historique pour la démocratie portugaise.
Ce dimanche 18 janvier, près de 11 millions de Portugais sont appelés aux urnes pour élire leur nouveau président de la République. À quelques jours du scrutin, il est encore difficile de dire qui s'installera au Palais de Belém, une situation très rare au Portugal. À en croire la majorité des sondages déjà publiés, nous nous dirigeons vers la tenue d'un second tour dans cette élection, une première depuis 1986. Mais comment expliquer cette situation politique ?
Des candidats qui, auparavant, "s'imposaient d'eux-mêmes"
Cette année, 11 personnalités ont décidé de participer à cette élection. Si depuis le début de la campagne, cinq d'entre eux sortaient du lot, une tendance se dessine depuis le début de la semaine. Désormais, ils sont trois à véritablement se détacher dans les sondages : André Ventura, le chef du parti d'extrême droite Chega, António José Seguro, candidat soutenu par le PS, et João Cotrim Figueiredo, soutenu par l'Initiative libérale.
Dans les différents sondages pour RTP Noticias ou CNN Portugal, ils sont crédités entre 19 et 24% des intentions de vote. Un "faible" pourcentage quand on sait que, depuis 1986, le président a toujours été élu au premier tour avec plus de 50% des suffrages. Cela s'explique par le fait que ces candidats sont "des personnalités connues" mais pas "incontournables", explique Yves Léonard, historien spécialiste du Portugal. Seul André Ventura fait office de candidat solide car “il est le chef naturel de son parti et qu'il voit cette élection comme une occasion de conforter une base".
Sur les 30 dernières années, les personnalités politiques qui se présentaient aux élections présidentielles étaient des candidats qui "s'imposaient d'eux-mêmes". Il prend l'exemple de l'élection de 1996, Jorge Sampaio, alors maire de Lisbonne, est une "figure reconnue et véritablement identifiée". Il sera élu face à Cavaco Silva, Premier ministre depuis une dizaine d'années. Il deviendra président dix ans plus tard en battant, dès le premier tour, l'ancien chef de l'État, Mario Soares (1986-1996) qui tentait "un improbable retour".
C'est d'ailleurs lui qui avait remporté la seule élection qui s'est jouée avec un second tour, il y a 40 ans, face au candidat de la droite Freitas do Amaral en récoltant un peu plus de 51% des voix. Un événement rendu possible car en 1986 "ça va être une des rares fois où il y a une incertitude dans l'électorat", ce qui donnera un "second tour très incertain", explique Yves Léonard.
Une "fragmentation de la scène politique"
Quatre décennies après, la situation politique au Portugal est différente. Si le président de la République a des pouvoirs limités par la Constitution, aucune personnalité ne parvient à réunir largement les électeurs du fait de la "fragmentation de la scène politique", analyse José Rodrigues dos Santos, journaliste et présentateur du journal de 20h de la chaîne portugaise RTP.
"Avec la croissance d'un mouvement nationaliste, qui a démarré faiblement, mais qui est désormais fort, il a fragmenté le côté non-socialiste de la politique. Côté socialiste, ils étaient au gouvernement pendant huit ans et ils ont maintenant des difficultés liées à des politiques d'immigration". Cette situation provoque donc une "efflorescence de candidats", notamment à droite, et qui provoque une dispersion des voix, selon Yves Léonard.
"Vous avez deux candidats qui rivalisent : Cotrim de Figueiredo, qui fait une campagne très dynamique, et Marques Mendes, qui est une figure marquante de la scène politique mais qui ne fait pas l'unanimité au sein de son parti, le PSD. Et vous avez un troisième personnage qui vient compliquer la donne, c'est Gouveia e Melo, l'amiral, qui est une figure transpartisane et qui vient détourner une partie de l'électorat du PSD".
Une situation que l'on retrouve également à gauche avec "quatre candidatures", dont trois qui récolteraient entre 1 et 3% des voix. Seule celle d'António José Seguro semble convaincre les Portugais puisqu'il obtiendrait entre 20 et 24% des suffrages selon les différents sondages. Et cette fracture est également au sein des électeurs "qui ne sont plus fidèles comme ils l'étaient jadis aux partis". Ils peuvent "changer très facilement leur vote, et ça c'est une nouveauté", explique le journaliste.
Quel scénario pour le second tour ?
Autre élément qui a son importance dans cette campagne présidentielle : les sondages. Ils ont pris de l'importance ces dernières années dans le débat public : "C'est une autre nouveauté", explique José Rodrigues dos Santos, car "pendant longtemps, les sondages n'avaient pas un très grand effet sur le vote. Les gens suivaient les directives des partis. Maintenant, c'est différent", notamment avec les "tracking polls", les sondages quotidiens.
Ils indiquent qu'André Ventura arriverait en tête du premier tour. Mais cela ne lui garantirait pas la victoire finale. Un scénario qui se confirme dans "toutes les études", déclare le présentateur du journal de la RTP : "Celui qui sera contre le candidat nationaliste au second tour va gagner, avec 95% de probabilité. Toutes les études sont très claires à ce sujet".
Pour le moment, celui qui semble le mieux positionné pour rejoindre le président de Chega en "finale" de cette élection, c'est António José Seguro. Mais si surprise il y avait dans cette élection, et qu'André Ventura n'accédait pas au second tour, "les jeux (seraient) assez ouverts" entre les différents candidats présents, pour Yves Léonard.
Cette élection présidentielle pourrait marquer un tournant dans la vie politique portugaise. Un vote qui installerait pour longtemps la recomposition qui a démarré au soir des législatives de l'année dernière. Un scrutin qui avait montré que trois groupes parlementaires s'installaient au sein du Parlement et que désormais ils font foi y compris pour l'élection du président de la République.