Violences sexuelles : Washington vide de sa substance un texte de l'ONU, la France "consternée"

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Le projet de résolution a finalement été adopté après avoir été vidé de sa substance.
Le projet de résolution a finalement été adopté après avoir été vidé de sa substance. © DREW ANGERER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
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Une résolution censée intensifier la lutte contre les violences sexuelles lors de conflits, adoptée mardi par le Conseil de sécurité de l'ONU, a été vidée de sa substance par les Etats-Unis. La France a exprimé sa déception.

Une résolution visant à lutter contre les violences sexuelles lors de conflits a été vidée de sa substance par les Etats-Unis et la Russie avant d'être adoptée mardi soir par le Conseil de sécurité de l'ONU. "Nous déplorons que des menaces de veto aient été agitées par des membres permanents de ce Conseil pour contester 25 ans d'acquis en faveur des droits des femmes dans des situations de conflits armés", a lancé l'ambassadeur français à l'ONU, François Delattre, après l'adoption du texte par 13 voix et 2 abstentions (Russie et Chine).

"Intolérable et incompréhensible". "Nous sommes consternés par le fait qu'un Etat ait exigé le retrait de la référence à la santé sexuelle et reproductive pourtant agréée" dans de précédentes résolutions en 2009 et 2013, a précisé François Delattre en visant les Etats-Unis. "Il est intolérable et incompréhensible que le Conseil de sécurité soit incapable de reconnaître que les femmes et les filles qui ont subi des violences sexuelles en temps de conflit et qui n'ont évidemment pas choisi d'être enceintes, ont le droit d'avoir le choix d'interrompre leur grossesse", a-t-il insisté.

En recul sur l'avortement et opposés à la Cour pénale internationale, les Etats-Unis ont voté pour la résolution mais après avoir réussi lors des négociations à en faire retirer ses mentions liées aux droits sexuels et reproductifs. Dans son texte d'origine, l'Allemagne voulait créer un groupe de travail formel - idée abandonnée -, pousser à la création d'un organisme international pour aider à faire juger les coupables, et développer la protection des survivants, notamment les femmes violées tombant enceintes.

Des "interprétations laxistes" selon Moscou et Pékin. Les négociations ont été ardues, selon des diplomates. Outre la menace d'un veto américain, Russie et Chine ont été jusqu'à proposer un texte concurrent à celui de l'Allemagne sans aller jusqu'à demander un vote. Moscou et Pékin ont expliqué vouloir combattre les violences sexuelles dans les conflits mais ont dénoncé "des interprétations laxistes" dans le texte allemand d'origine et des "manipulations" pour créer de nouvelles structures et "outrepasser" des mandats existants. 

Cette triple opposition américano-russo-chinoise a conduit l'Allemagne à réduire à la "portion congrue" son texte, selon un diplomate. "Les Américains ont pris en otage une négociation à partir de leur idéologie, c'est scandaleux", abonde un autre diplomate. Interrogé sur ce recul, l'ambassadeur allemand à l'ONU Christoph Heusgen a reconnu que son pays aurait préféré "un langage fort". Le choix était de remiser le texte à plus tard ou d'accepter les suppressions demandées. Berlin a demandé aux prix Nobel de la Paix 2018 congolais Denis Mukwege et yazidie Nadia Murad qui ont opté pour la mise au vote, s'est-il justifié.

"Rien n'a été fait". Lors de la réunion du Conseil de sécurité, les deux Nobel avaient pourtant mis clairement le Conseil de sécurité devant ses responsabilités, en exprimant des demandes pour des progrès substantiels en matière de justice et de protection des survivantes. "Pas une seule personne n'a été traduite en justice pour esclavage sexuel", a souligné Nadia Murad en évoquant sa communauté yazidie détruite par le groupe jihadiste Etat islamique en Irak et Syrie. "Nous prononçons des discours à l'ONU mais aucune mesure concrète ne suit" en matière de justice et "rien n'a été fait", a-t-elle insisté.

Avocate de victimes yazidies, Amal Clooney a a accusé les Etats-Unis et la Russie de s'opposer à la création d'une justice internationale contre ces crimes.