Takahiro Shiraishi, le tueur en série qui fait frémir le Japon

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Dans un pays au taux de criminalité extrêmement bas, l'homme de 27 ans, ancien "recruteur" de jeunes femmes, a tué et dépecé neuf personnes en deux mois.

Le 24 octobre, un Japonais appelle la police de Hachioji, un quartier de l'ouest de Tokyo, mort d'inquiétude : sa petite soeur de 23 ans a disparu. Les fonctionnaires prennent la déposition au sérieux - la jeune femme est dépressive - et exploitent les images de vidéosurveillance à leur disposition, retraçant son dernier trajet. Sur le quai d'une station de métro de la ville, on la voit aux côtés d'un homme, dont on ne distingue pas le visage. Mais le grand frère n'est pas rassuré et poursuit son enquête sur le compte Twitter de sa sœur.

"Bourreau professionnel". Il y découvre des conversations avec un homme au nom d'utilisateur sans équivoque, "Kubitsuri-shi" (bourreau professionnel), et parvient à entrer en contact avec une autre femme correspondant avec lui, qui accepte de servir d'appât. Une semaine après le signalement de la disparition, une opération de police est organisée pour identifier l'utilisateur du compte. Sans se méfier, Takahiro Shiraishi attend la jeune femme dans une station de métro. Finissant par comprendre qu'elle ne viendra pas, il rentre chez lui et y conduit, sans le savoir, les forces de l'ordre. Celles-ci sonnent à la porte et demandent où est la disparue. Et l'homme de répondre : "dans cette glacière".

Rapidement, les enquêteurs réalisent qu'il n'y a pas qu'une seule victime. Le petit appartement du quartier de Zama, dans la grande banlieue de Tokyo, abrite plus de 240 morceaux d'os. Dans des caisses et des glacières, Takahiro Shiraishi a disposé des têtes et des membres. Interrogé, l'homme admet avoir "arraché" la chair des corps de ses victimes et l'avoir jetée aux ordures, puis avoir répandu de la litière pour chat sur les restes, pour tenter de dissimuler les preuves. Les voisins du banal petit immeuble n'ont rien entendu, tout juste senti une odeur étrange sans s'inquiéter. Au Japon, le taux de criminalité est exceptionnellement bas : en 2013, seuls 1.000 meurtres ou tentatives de meurtres étaient enregistrées, pour une population de plus de 127 millions de personnes.

Un "recruteur" pour le quartier rouge. Depuis, le pays découvre avec horreur ce que le tabloïd Nikkan Sports décrit comme "l'appartement de la tuerie" et les détails des pratiques de son occupant. Le visage de Takahiro Shiraishi, 27 ans, lunettes et cheveux noirs, fait la première page des journaux. Un garçon "calme, capable d'être sociable avec les voisins", selon des riverains. Un élève "ordinaire, falot et discret" selon d'anciens camarades de classe. Depuis 2011, l'homme était "recruteur" de jeunes femmes pour des clubs pour adultes, dans le quartier rouge de Tokyo, Kabukicho. En février, il avait écopé d'une peine avec sursis pour avoir embauché une jeune femme en sachant qu'elle serait forcée de se prostituer.

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Son état psychique n'aurait, depuis, pas cessé de se détériorer. "Je ne sais pas pourquoi je suis vivant", aurait-il confié à son père en juin. Sur les réseaux sociaux, ses multiples profils publiaient des "conseils" aux jeunes femmes partageant leurs envies suicidaires. "La douleur dure moins longtemps si vous choisissez la pendaison","il est inutile d'envoyer des messages à vos amis ou aux membres de votre famille", ou "si vous songez au suicide, merci de me contacter", écrivait-il notamment selon le journal Asahi Shimbun. Il expliquait ensuite à ses proies qu'ils pourraient se suicider ensemble.

L'argent et des "motifs obscènes". Mais dans son appartement, l'homme "attaquait" ses victimes d'après la chaîne de télévision Fuji TV - qui emploie un euphémisme propre aux médias japonais pour désigner les agressions sexuelles - avant de les tuer. Son premier meurtre remonterait à la fin du mois d'août. Huit autres ont suivi, selon les premiers éléments de l'enquête : huit femmes et un homme, inquiet de constater la disparition de sa petite-amie : "je lui ai répondu, je l'ai invité et je l'ai tué", aurait froidement avoué le suspect, rapporte le Japan Times. Parmi les victimes, quatre étaient adolescentes, quatre avaient la vingtaine et une était légèrement plus âgée. "Je ne connais pas leurs noms, ni leurs âges", a reconnu le tueur.

Pour quel mobile Takahiro Shiraishi s'est-il livré à ces meurtres ? L'homme a pour l'instant fourni deux réponses : l'argent - 500.000 yen, soit environ 3.750 euros dérobés à ses proies en tout - et des "motifs obscènes". Découper sa première victime lui aurait pris trois jours, mais "à partir de la deuxième, j'étais capable de le faire en un jour", a-t-il précisé à la police. Dans son appartement, les enquêteurs ont découvert des ciseaux, des couteaux, une scie ainsi que divers outils de menuiserie.