ÉDITO - Le triomphe de Kim Jong Un

, modifié à
  • A
  • A
Partagez sur :

Si la journée est historique et les annonces encourageantes quant à la dénucléarisation, notre éditorialiste Vincent Hervouët estime que c'est surtout le dirigeant nord-coréen qui sort gagnant de ce sommet.

EDITO

Une poignée de mains historique à Singapour… Mardi, Donald Trump parle d’une relation formidable et d’un grand honneur de rencontrer Kim Jong Un. Le sommet entre les deux dirigeants est un succès. Un succès complet, vérifiable et irréversible. Mieux : un triomphe,  mais pour Kim Jong Un ! Et du côté nord-coréen, on semble savourer cette bonne blague. Et il y a de quoi…

Un tyran sur tapis rouge. En acceptant le rendez-vous sans rien réclamer en échange, Donald Trump a sacrifié un atout maître. Il a fait de l’homme-fusée son alter ego, et a donné une légitimité au régime. C’est fait et c’est énorme. Kim, avec son bon sourire joufflu, n’est plus l’une des figures du mal que combat l’Amérique indignée. Pourtant, le Kim qui a fait empoisonner au gaz sarin son demi-frère dans un aéroport et pulvérisé son oncle au canon anti-aérien est plus mafieux que Saddam Hussein. Il maintient tout un peuple en esclavage. À côté, l’Iran des Mollahs est une oasis libertaire. La capacité de nuisance régionale de cet état voyou est bien pire que celle qu’ont jamais eue Kadhafi, Castro ou les tyrans subalternes comme Noriega, Milosevic ou Bachar El Assad…

Désormais, Kim est une vedette planétaire auquel on déroule le tapis rouge. Son père et son grand-père peuvent être fiers de lui. Ils ont gagné.

Il va falloir faire preuve de patience. On pourrait se dire que c'est le prix à payer pour signer enfin la paix. Mais la paix va attendre un peu. À défaut de traité en bonne et due forme, Donald Trump aimerait bien ramener un autographe du Kim (option A), ou qu’il vienne à Washington signer un engagement écrit (option B), avant novembre et les élections du "mid term". L’Amérique d’abord.

Pour le désarmement nucléaire, l’Asie devra faire preuve de sa longue patience. Les évaluations américaines tournent autour de 50 kilos de plutonium, de 60 engins nucléaires et de dizaines de missiles intercontinentaux bien rangés dans des tunnels de montagne, inexpugnables. Le désarmement revient à entrer dans un processus d’identification, de mise sous contrôle, de démantèlement progressif. Avec les mesures dilatoires, cela peut occuper une ou deux générations de diplomates. Il ne s’agit pas de se faire hara-kiri, mais de se livrer à un effeuillage. L’important, c’est qu’on se parle. Et qu’on reste entre soi. La bombe doit rendre sage. 

Quel bénéfice pour Donald Trump ? Le président américain n’aura jamais le prix Nobel de la Paix. Un jury qui couronne Barack Obama avant même qu’il ait fait quoi que ce soit, juste pour l’encourager, ne choisira jamais le Donald. Quand bien même aurait-il libéré le Moyen-Orient de ses fanatismes, relevé Gotham de sa déchéance et mis fin à la grève des cheminots. Mardi matin, il démontre que l’unilatéralisme a du bon, que l’Amérique reste impliquée dans les affaires du monde et qu’il sait faire des deals, en tête-à-tête. Même et surtout quand ça décoiffe.