Quatre questions sur l'hospitalisation d'Alexeï Navalny, premier opposant à Poutine

, modifié à
  • A
  • A
Alexeï Navalny, le principal opposant au Kremlin, a été hospitalisé et placé en réanimation à Omsk, en Sibérie, après avoir fait un malaise à bord d'un avion. 1:55
Alexeï Navalny, le principal opposant au Kremlin, a été hospitalisé et placé en réanimation à Omsk, en Sibérie, après avoir fait un malaise à bord d'un avion. © Frederick FLORIN / AFP
Partagez sur :
Alexeï Navalny a été hospitalisé et placé en réanimation à Omsk, en Sibérie, après avoir fait un malaise à bord d'un avion. Selon ses proches, le principal opposant au Kremlin a été victime d'un "empoisonnement", ce qu'écartent les médecins. Vendredi soir, l'hôpital a donné son accord pour le transfert de Navalny vers l'Allemagne.
DÉCRYPTAGE

Alexeï Navalny, opposant numéro un au Kremlin, a fait un malaise à bord d'un avion avant d'être hospitalisé à Omsk, placé en réanimation, dans le coma et sous respiration artificielle. Vendredi soir, l'hôpital a finalement donné son feu vert pour son transport vers l'Allemagne, réclamé par la famille. L'entourage de Navalny dit être persuadé qu'il a été victime d'un "empoisonnement intentionnel", "avec quelque chose de mélangé à son thé". Mais les médecins déclarent n'avoir trouvé "aucun poison dans son organisme". Europe 1 fait le point sur la situation.

Qui est Alexeï Navalny ?

Alexeï Navalny est le principal opposant au Kremlin et à Vladimir Poutine. Ses publications dénonçant la corruption des élites russes sont abondamment partagées sur les réseaux sociaux. L'opposant a plusieurs fois été condamné à de courtes peines de prison par le passé, notamment en raison de l'organisation de manifestations. Son organisation et ses partisans font régulièrement l'objet de pressions, arrestations et poursuites judiciaires. Ces derniers jours, Alexeï Navalny était en campagne en faveur des candidats d'opposition pour les élections régionales de septembre.

L'homme de 44 ans a déjà été victime d'attaques physiques. En 2017, il avait été aspergé d'un produit antiseptique dans les yeux à la sortie de son bureau à Moscou. En juillet 2019, tandis qu'il purgeait une courte peine de prison, il avait été traité à l'hôpital après avoir soudainement souffert d'abcès sur le haut du corps, dénonçant un empoisonnement alors que les autorités évoquaient une "réaction allergique".

Alexeï Navalny a-t-il été empoisonné ?

L'entourage de l'opposant se dit persuadé qu'Alexeï Navalny a été empoisonné via une boisson chaude prise à l'aéroport en Sibérie, juste avant son avion pour Moscou. Vendredi, les médecins soignant le principal opposant russe ont déclaré n'avoir trouvé "aucun poison" dans son organisme. "À ce jour, aucun poison n'a été identifié dans le sang et l'urine, il n'y a pas de traces d'une telle présence", a déclaré aux journalistes Anatoli Kalinitchenko, le vice-directeur de l'hôpital des urgences n°1 d'Omsk où l'opposant a été admis. "Nous ne croyons pas qu'il ait souffert d'un empoisonnement", a-t-il poursuivi.

Selon le médecin-en-chef de l'hôpital, Alexandre Mourakhovski, l'hypothèse privilégiée est celle d'un "déséquilibre glucidique, c'est-à-dire un trouble métabolique" chez l'opposant, qui a pu être causé par "une forte baisse du niveau de glycémie", qui mesure le taux de sucre dans le sang.

De nombreux adversaires du Kremlin ont été victimes ces dernières années d'empoisonnement, en Russie ou à l'étranger. Deux cas d'empoisonnement très médiatisés ont notamment eu lieu au Royaume-Uni en 2018 et 2006 sur des ex-agents secrets russes. Plusieurs opposants russes qui ont également été hospitalisés ont dénoncé des empoisonnements ces dernières années. À chaque fois, les autorités russes ont démenti toute responsabilité.

Alexeï Navalny va-t-il être transféré en Allemagne ?

Vendredi, en fin d'après-midi, l'hôpital où a été admis Alexeï Navalny a donné son accord pour son évacuation vers l'Allemagne, à la demande de la famille, estimant que son état était désormais "stable". "Nous avons pris la décision de ne pas nous opposer à ce qu'il soit transporté vers un autre hôpital, celui qui nous sera désigné par ses proches", a déclaré aux journalistes Anatoli Kalinitchenko, le directeur adjoint de l'hôpital des urgences n°1 d'Omsk. "Cela n'arrivera pas instantanément, cela arrivera aujourd'hui", a-t-il ajouté.

Un avion médicalisé affrété par une ONG a atterri vendredi à Omsk, en Sibérie occidentale, avec l'espoir d'amener Alexeï Navalny en Allemagne. Et les médecins de ce vol, qui se sont d'abord "vu refuser l'accès au patient, l'ont obtenu il y a quelques minutes seulement", avait précédemment annoncé Leonid Volkov, le bras droit d'Alexeï Navalny, vendredi après-midi lors d'une conférence de presse à Berlin, saluant une "évolution positive". La France et l'Allemagne ont toutes deux offert jeudi "toute aide médicale" à l'opposant, tout en appelant à faire la lumière sur les circonstances ayant conduit à son hospitalisation en réanimation, dans le coma et relié à un respirateur artificiel. 

"Nous sommes très loin d'avoir résolu la situation", avait toutefois ajouté Leonid Volkov, rappelant qu'Alexeï Navalny n'avait selon lui toujours pas fait l'objet de "diagnostic" ni d'"analyse". "Aucune donnée fiable, aucune donnée indépendante ne nous est accessible et notre demande reste la même : nous devons le transférer dans un endroit, à Berlin, pour qu'il puisse faire l'objet d'une analyse indépendante de ce qui lui arrive", avait demandé Leonid Volkov.

Ioulia Navalnaïa, la femme de l'opposant russe, avait demandé vendredi à Vladimir Poutine de permettre le transfert de son mari vers l'Allemagne. "J'estime qu'Alexeï Navalny a besoin d'une aide médicale qualifiée en Allemagne", avait écrit Ioulia Navalnaïa dans une lettre diffusée sur Twitter, estimant réunies "toutes les possibilités pour le transport immédiat d'Alexeï sous la surveillance de médecins de haut niveau" depuis l'arrivée à Omsk de l'avion médicalisé affrété par une ONG allemande.

L'entourage d'Alexeï Navalny avait saisi vendredi la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) pour obtenir des autorités russes l'autorisation de le transférer en Allemagne "pour y être soigné". La CEDH, qui siège à Strasbourg, avait été saisie au titre de l'article 39 de son règlement qui lui permet de prendre des mesures d'urgence lorsque l'intégrité physique d'un requérant est menacée. Vendredi soir, la CEDH a enjoint à Moscou d'autoriser les visites de sa famille et de ses médecins.

Pourquoi les médecins ont refusé son transfert à l'étranger ?

Avant l'annonce du feu vert de l'hôpital pour un transfert de Navalny vers l'Allemagne vendredi en fin d'après-midi, le vice-directeur de l'hôpital d'Omsk, avait jugé que l'état d'Alexeï Navalny étant "instable", cela ne permettait pas son transfert à l'étranger dans l'immédiat. Le médecin-en-chef de l'hôpital, Alexandre Mourakhovski, avait également jugé que la question d'un transfert était "prématurée" avant "une stabilisation complète du patient". Il avait aussi déclaré devoir par ailleurs régler "certaines questions juridiques" avant de laisser des médecins européens voir Alexeï Navalny.

Ce refus de transférer l'opposant à l'étranger avat été dénoncé par son bras droit Léonid Volkov comme une "décision politique et non pas médicale". "Ils attendent que les toxines sortent et cessent d'être détectables dans le corps. Il n'y a ni diagnostic, ni analyse. La vie d'Alexeï est en grand danger", avait-il écrit sur Twitter. Le Kremlin avait pour sa part estimé qu'il s'agissait d'une décision "purement médicale" et que les médecins russes faisaient "tout leur possible pour établir les raisons du malaise du patient et le guérir".

La porte-parole de l'opposant, Kira Iarmych, avait estimé pour sa part qu'il serait "mortellement dangereux" de le laisser dans l'hôpital "non équipé" d'Omsk. "Le refus du transfert de Navalny n'est nécessaire que pour gagner du temps et attendre que le poison ne puisse plus être détecté dans son organisme", avait-elle assuré sur Twitter. "Nous ne pouvons pas faire confiance à cet hôpital, et nous exigeons qu'il nous soit rendu afin que nous puissions le faire soigner dans un hôpital indépendant", avait également affirmé la femme de l'opposant, Ioulia Navalnaïa.

Europe 1
Par Céline Brégand avec AFP