Mort en eaux troubles : l'affaire du sous-marin danois devant la justice

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Kim Wall a été tuée à bord du Nautilus, sous-marin artisanal fabriqué par Peter Madsen. © JENS NOERGAARD LARSEN / SCANPIX DENMARK / AFP
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avec AFP
Jeudi, le procès de Peter Madsen, accusé d'avoir tué la journaliste suédoise Kim Wall, débutera et devrait durer 12 jours. 

Témoin du crime, il repose en cale-sèche dans le port de Copenhague : le Nautilus, sous-marin artisanal dans les entrailles duquel le Danois Peter Madsen est accusé d'avoir tué la Suédoise Kim Wall, sera au cœur du procès de l'inventeur qui s'ouvre jeudi à Copenhague. Douze journées d'audience sont prévues entre le 8 mars et le 25 avril pour tenter de comprendre comment est morte Kim Wall, journaliste suédoise indépendante montée à bord du submersible le 10 août 2017 avec son énigmatique créateur, Peter Madsen, qu'elle voulait interviewer.

Déterminer la cause de la mort. La personnalité du meurtrier présumé et de la victime, la scène du crime, le théâtre du drame ont valu à cette affaire en eaux troubles un retentissement mondial. Selon l'acte d'accusation, à l'intérieur du Nautilus, l'inventeur danois a infligé de multiples sévices à la jeune femme avant de la tuer, de découper son corps et d'en jeter les morceaux par dessus bord. Torse, tête, bras, jambe ont été retrouvés l'un après l'autre dans la baie de Køge, près de Copenhague. Les recherches entamées dès l'annonce de la disparition de la trentenaire en août se sont achevées en janvier. Elles ont également permis de retrouver les téléphones portables de la victime et de l'accusé. Si Madsen affirme que Kim Wall est morte à bord par accident, ni ses explications, changeantes, ni l'autopsie, n'ont permis de déterminer la cause de la mort : comment et pourquoi ? C'est tout l'enjeu du procès.

 

Un acte prémédité selon les enquêteurs. Les enquêteurs sont convaincus qu'il avait prémédité son acte en apportant à bord du sous-marin scie, couteau, tournevis affûté, sangles et colliers de serrage notamment. L'autopsie a révélé 14 plaies internes et externes au niveau du sexe de la victime, dues à un objet coupant et infligées alors qu'elle était encore vivante. L'accusation soutient que Peter Madsen a tué Kim Wall afin de satisfaire un fantasme sexuel, ce qu'il nie. Aucun mobile n'apparaît cependant clairement et l'avocate de l'inculpé, Betina Hald Engmark, ne s'exprime quasiment pas.

Un homme capable de violences. Auteur et témoin unique des faits, seul Madsen peut répondre aux questions que se posent les proches de Kim Wall. "Un homme créatif décalé, anti-establishment, qui a construit son propre sous-marin et ses propres fusées, et qui s'est avéré avoir un côté complètement obscur", commente Frank Hvilsom, qui suit les affaires criminelles pour le quotidien de référence Politiken. Ceux qui l'ont connu le décrivent en homme autoritaire, imprévisible, capable des plus violents emportements.

Kim Wall, une brillante journaliste. Brillante journaliste, Kim Wall avait elle exercé sur tous les continents et collaboré avec The Guardian et le New York Times. Elle était fascinée par les destins singuliers et souhaitait faire le portrait de Madsen, 47 ans. "Elle a fait des choses intéressantes sur la Chine, elle est allée en Ouganda, en Corée du Nord, elle pouvait vraiment donner vie aux personnes dont elle racontait les histoires", a témoigné l'une de ses collègues au South China Morning Post, un quotidien de Hong Kong. Le 10 août, à quelques jours de son départ pour la Chine, où elle devait s'installer avec son compagnon danois, elle avait quitté la fête qu'ils organisaient avant leur départ pour réaliser l'interview. Montée à bord du sous-marin vers 19h, elle avait pris la mer avec l'inventeur et n'était jamais revenue.