Jair Bolsonaro est-il le Donald Trump brésilien ?

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Encore inconnu il y a quelques mois, le candidat d'extrême-droite Jair Bolsonaro, arrivé en tête du premier tour de la présidentielle, a fait de la démagogie un outil en vue de devenir le prochain président du Brésil. Une stratégie qui rappelle celle du locataire de la Maison-Blanche.
ON DÉCRYPTE

D'un côté, un milliardaire devenu le président de la première puissance mondiale il y a près de deux ans. De l'autre, un ancien capitaine de l'armée bien parti pour être celui d'un grand pays émergent d'Amérique du Sud. Entre l'Américain Donald Trump et le Brésilien Jair Bolsonaro, arrivé en tête des élections générales de dimanche avec 46% des voix, une même stratégie populiste pour conquérir le pouvoir. Mais aussi de nettes divergences, comme l'ont noté mardi les spécialistes de ce thème dans Le Tour de la question avec Wendy Bouchard sur Europe 1.

Au Brésil, la corruption des élites comme carburant. Jair Bolsonaro, c'est d'abord un candidat "assez peu connu" des Brésiliens, analyse Maud Chirio, historienne du Brésil et maître de conférences à l’Université de Marne-la-Vallée. "On le connaissait assez peu, c'était un député fédéral depuis 27 ans. Mais il avait eu une action inexistante et était membre d'un tout petit parti groupusculaire. C'est à la faveur de la crise économique, de la corruption des élites et de la crise politique qui l'a accompagnée, que ce candidat a réussi à devenir le réceptacle de toutes les colères."

Trump bien plus à l'aise dans les médias. Si Donald Trump a lui aussi réussi à jouer le côté "hors-système" contre "les élites de Washington", le magnat de l'immobilier était bien plus connu au moment d'entrer dans la course à la Maison-Blanche, au printemps 2015. 

>> De 9h à 11h, c’est le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l’émission ici

Pour accéder au pouvoir, il a notamment usé de discours provocants et d'invectives permanentes envers son adversaire principale, Hillary Clinton. Il s'est également servi de ses talents de showman, travaillés lorsqu'il était la vedette d'une émission de télé-réalité, The Apprentice. Jair Bolsonaro est bien moins à l'aise lorsqu'il prend la parole, selon Maud Chirio, et a pu profiter, indirectement bien entendu, de son agression au couteau, début septembre. "Ça l'a mis en retrait des débats et de la vie médiatique, or c'est quelqu'un qui est très mauvais dès qu'il s'exprime en dehors des situations où il harangue les foules. Il a été très connu pour s'écrire des mots sur les mains", détaille Maud Chirio.

Au niveau des idées et de la méthode, les deux dirigeants se rejoignent, juge Pascal Perrineau, politologue et professeur à Sciences Po Paris : "Ce sont des leaders qui n'hésitent pas à utiliser les armes les plus standardisées du populisme et en particulier la démagogie, le maniement des fake news." 

Entendu sur europe1 :
Donald Trump n'a pas affronté les institutions démocratiques américaines, alors que Bolsonaro a dit à plusieurs reprises qu'il ne reconnaîtrait pas une défaite

Un discours "fascisant" chez Bolsonaro. Y aurait-il donc un parallèle entre ces deux pays d'Amérique, gagnés par le populisme d'un leader à la parole décomplexée ? "Jair Bolsonaro est d'extrême droite", affirme Maud Chirio. "Il a une forme d'adhésion et de discours qui est à mes yeux fascisante, ce qui le positionne très à droite de Donald Trump." Et la spécialiste du Brésil d'évoquer un rapport différent aux institutions de leur pays respectifs : "Donald Trump n'a pas affronté les institutions démocratiques américaines, alors que Bolsonaro a dit à plusieurs reprises qu'il ne reconnaîtrait pas une défaite. Il a aussi contesté l'existence de la constitution de 1988 en disant qu'elle accordait trop de droits aux minorités."

Des institutions plus solides aux États-Unis ? "Dans beaucoup de dimensions, il ne prépare pas son électorat à respecter un système démocratique qui, par ailleurs, est moins solide qu'aux États-Unis", poursuit l'universitaire. "Il y a moins de contre-pouvoirs, et donc on peut craindre que les institutions résistent moins." "La solidité des institutions américaines limite les velléités dictatoriales dont Trump pourrait être porteurs", abonde Pascal Perrineau, pour qui Donald Trump "n'est pas d'extrême droite", malgré le fait que nombre de ses soutiens, actuels ou passés, soient d'extrême droite, comme Steve Bannon.

Europe 1
Par Thibaud Le Meneec