Entre une population désespérée qui n’a plus rien à perdre et un régime des Mollahs aux abois prêt à tout pour se maintenir à la tête du pays, le risque de voir les manifestations sombrer dans une violence inouïe est réel en Iran. Pour beaucoup de spécialistes, le salut des Iraniens passe désormais par une intervention de la communauté internationale.
Le chiffre ne fait qu'augmenter et pourrait bien être largement sous-estimé. Selon l'ONG Iran Human Rights, au moins 734 manifestants ont été tués depuis le début du mouvement de contestation en Iran contre le régime des Mollahs, tandis que d’autres sources évoquent, plutôt, des milliers de morts. La répression du pouvoir, d'une extrême violence contre les manifestants, provoque l'indignation aux quatre coins du monde. Paris a convoqué ce mardi l'ambassadeur en France, Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne, promet des sanctions "rapides" contre Téhéran tandis que le chef des droits de l'homme de l'ONU se dit "effrayé" par cette "répression" dont on peine à mesurer l’ampleur en raison de la coupure d’internet imposée à la population qui dure depuis le 8 janvier.
Mais pour Mahnaz Shirali, sociologue, politiste et spécialiste de l'Iran, au-delà de l'indignation, il faut désormais agir concrètement pour déboulonner le régime des Mollahs. Cela passe notamment, dit-elle, par une intervention des États-Unis. "Si les Américains n'interviennent pas, combien de temps la République islamique va-t-elle encore régner ?" s'interroge-t-elle.
"Combien d'Iraniens vont-ils massacrer pour assurer leur propre survie ?"
Et, surtout, quel sera le bilan humain de cette vague de contestation ? Selon cette spécialiste, sans aide extérieure, le risque de bain de sang existe concrètement en Iran et le nombre de morts pourrait augmenter dans des proportions terrifiantes. "En Syrie, avec Qassem Soleimani [ancien général iranien NDLR], ils ont contribué à la mort de 500.000 personnes pour assurer la survie de Bachar al-Assad. Alors combien d'Iraniens vont-ils massacrer pour assurer leur propre survie ? La réponse m'effraie car je suis persuadée qu'ils sont capables d'éliminer la moitié de la population iranienne", affirme-t-elle.
La dure réalité de la répression iranienne n’entame pourtant pas la détermination de la population, à en croire Mahnaz Shirali. D’où le risque de voir le mouvement s’enfoncer dans une violence toujours plus inouïe avec d’un côté des manifestants de plus en plus nombreux et unis et de l’autre un régime aux abois qui n’a plus rien à perdre. "Là-bas, les gens me disent ‘on a le moral, on va continuer, on va y retourner’. La population est tellement furieuse contre le régime que ces tueries de masse, ça ne leur fait pas peur, ça les encourage encore davantage".
"Sans l’aide de la communauté internationale, on est foutu"
Sans compter que la sociologie des manifestations a évolué ces dernières années. "On a changé de modalités dans les manifestations. Auparavant, il s’agissait, en règle générale, de personnes en capacité économique de quitter le pays s’ils devaient être inquiétés par les autorités iraniennes, notamment la jeunesse issue des classes moyennes et hautes. Désormais, le spectre des manifestants, des tranches d’âges et des classes sociales s’est élargi", indique au Parisien l’iranologue Amélie Chelly.
De son côté, le chef du pouvoir judiciaire iranien a promis des procès "rapides" pour les suspects arrêtés lors des manifestations, qualifiés d’"émeutiers" par le régime pendant que Donald Trump promettait ce mercredi d’agir "de manière très forte" si les autorités iraniennes venaient à exécuter des personnes arrêtées. Mardi, déjà, le président américain déclarait que de "l’aide" était "en route" vers l’Iran et exhortait les manifestants à poursuivre leur mobilisation. De quoi redonner un semblant d’espoir à tout un peuple. "Sans l’aide de la communauté internationale, on est foutu", conclut Mahnaz Shirali.