Emmanuel Macron s'est rendu jeudi au mémorial du génocide au Rwanda, à Kigali. 3:00
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Jean-Rémi Baudot avec Alexandra Sirgant, édité par Antoine Terrel , modifié à
Jeudi, Emmanuel Macron a dit "reconnaître (les) responsabilités" de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda, mais n'a pas formulé d'excuses explicites au nom de la France. Une façon pour le président de la République d'apaiser les relations avec le Rwanda, tout en évitant tout procès en repentance.
ANALYSE

C'était très attendu. Jeudi, dans un discours prononcé au mémorial du génocide à Kigali, le président français Emmanuel Macron a dit venir "reconnaître (les) responsabilités" de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda. Précisant que la France n'avait "pas été complice", il a toutefois reconnu qu'elle avait "trop longtemps fait prévaloir le silence sur l'examen de la vérité".

Dans ce discours très court, de moins de 15 minutes, le chef de l'État a prononcé des mots forts : responsabilité, justice, pardon. Mais aussi cette phrase alambiquée : "faire le don de nous pardonner". Littéralement, Emmanuel Macron ne présente pas les excuses de la France. Il ne demande pas pardon au Rwanda, mais demande aux victimes d’accorder leur pardon à la France.

Les réactions divisées

Au-delà de l’explication de texte, sur place, les réactions sont divisées. Certaines associations dénoncent un "discours inachevé", et regrettent que des excuses n’aient pas été plus explicites. Alain Gauthier, le président du collectif des parties civiles pour le Rwanda dénonce le "manque de courage politique" du président de la République. Je suis non seulement déçu mais aussi en colère. Je n’ai rien entendu de plus que ce qui avait été dit jusqu’à maintenant. Ce discours là ne peut pas nous satisfaire. Le président Macron avait une occasion inouïe aujourd’hui de dire humblement devant les rescapés et les familles de victimes : 'Oui nous nous sommes trompés, nous demandons pardon'."

La plupart des associations reconnaissent néanmoins le pas en avant de la France. Car cette volonté de normalisation des relations avec le Rwanda, et surtout la promesse de traduire en justice les génocidaires, c’était l’attente peut-être la plus importante pour les rescapés. Le président rwandais, Paul Kagame, a estimé que la prise de parole était un acte d'"immense courage" qui a "plus de valeur que des excuses".

Éviter les attaques en repentance

Emmanuel Macron, lui, avec une formule complexe, évite les pièges des attaques en repentance qu’une partie de la classe politique française pourrait lui faire, et solde au passage les années les plus sombres de la présidence de François Mitterrand. La macronie espère en tirer un bénéfice politique autour du courage d’affronter le passé. Au fond, le discours de Kigali était un message aux Rwandais autant qu’aux Français.