Européennes : le drôle de vote des Britanniques

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Les bureaux de vote pour les élections européennes ont ouvert jeudi au Royaume-Uni.
Les bureaux de vote pour les élections européennes ont ouvert jeudi au Royaume-Uni. © Ben STANSALL / AFP
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Les citoyens du Royaume-Uni votent jeudi pour les élections européennes, alors même que le pays est censé sortir incessamment sous peu de l'Union.

Voter pour des eurodéputés trois ans après avoir décidé de ne plus en avoir, voilà qui ce qui se passe jeudi pour une partie des Britanniques. Avec les Pays-Bas, le Royaume-Uni est le premier pays à commencer à voter pour les élections européennes, trois jours avant la France. Mais dans un contexte de haute instabilité politique, et alors que le Brexit traîne en longueur, ce scrutin a une saveur très particulière.

Un scrutin qui n'aurait jamais dû avoir lieu

De fait, il n'aurait jamais dû avoir lieu. La date initialement fixée pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, conformément au référendum organisé en 2016, était en effet celle du 31 mars. Las, la Première ministre Theresa May n'a pas réussi à faire adopter par son Parlement les deux accords successifs arrachés avec ses 27 futur-ex-partenaires. Le Brexit a donc été repoussé, et le Royaume-Uni contraint d'organiser des élections à l'issue d'une campagne électorale des plus expéditives.

Les eurodéputés désignés par ce scrutin pourraient donc ne rester en place que quelques mois. Ce qui ne manque pas de dérouter les électeurs, comme James, rencontré par Europe 1 en banlieue de Londres. "Je n'y comprends toujours rien, on reste ou on part ?", soupire-t-il. "Aucun politique n'est capable de nous dire ce qui va vraiment se passer. On se demande à quoi ont servi ces trois dernières années."

 

Cette bizarrerie aura également des conséquences pour d'autres pays européens, notamment la France : le départ anticipé des députés britanniques avait libéré des sièges pour d'autres nations (5 pour l'Hexagone). Donc les candidats les plus mal élus de ces pays ne pourront pas siéger tant que le Brexit n'aura pas été définitivement prononcé.

Un contexte politique tendu

Et ce n'est pas le seul élément qui confère à cette élection un goût spécial. Le contexte politique tendu participe aussi d'une atmosphère peu propice à un vote serein. Mardi, Theresa May a en effet joué sa dernière carte en proposant la possibilité d'organiser un second référendum. Une promesse destinée à rallier à son projet d'accord un maximum de députés, mais qui n'a pas atteint son objectif. Mercredi soir, sa ministre chargée des Relations avec le Parlement, Andrea Leadsom, a même démissionné. "Je ne crois plus que notre approche honorera les résultats du référendum", a écrit celle-ci dans sa lettre de démission.

Désormais, la presse britannique prédit une démission très rapide à la Première ministre. Le Times, qui cite des alliés de Theresa May, écrit jeudi qu'elle annoncerait son départ dès vendredi. Cette faiblesse chronique de la leader politique risque bien de peser lourd dans la balance lors du vote. À l'instar de Harry, un autre électeur rencontré par Europe 1, de nombreux Britanniques prévoient un vote sanction contre le pouvoir en place. " Je pense que les gens en ont marre de la très mauvaise façon dont Theresa May dirige le pays", nous explique le jeune homme. "Les Anglais sont des gens calmes mais cette fois leur colère va s'exprimer dans les urnes. On veut tous être écoutés et c'est notre façon de protester."

Vers une victoire des populistes europhobes

Alors que le chaos dans lequel le Royaume-Uni est plongé depuis le vote du Brexit, ainsi que l'attitude des plus fervents "Brexiters" au lendemain du référendum de 2016 (qui s'étaient contenté, pour beaucoup d'entre eux, de démissionner) pourrait laisser penser que les Britanniques sont fatigués des velléités de sortie, ce sont au contraire les partis populistes qui devraient tirer leur épingle du jeu, jeudi. Le "Brexit party" de Nigel Farage, ancien eurodéputé europhobe qui avait quitté la politique après la victoire de son camp en 2016 avant de faire un retour fracassant il y a quelques semaines, est crédité de 34% d'intentions de vote. Soit plus que les travaillistes (21%) et les conservateurs (11%) réunis !

Entendu sur europe1 :
Le candidat du parti du Brexit aurait pu être un singe, j'aurais quand même voté pour lui.

Un succès qui s'explique précisément par les désaccords permanents au Parlement. "Que ce soient les travaillistes ou les conservateurs, ils ne savent plus quoi faire. Ils se battent, se disputent, se chamaillent, ils sont inutiles. Ils ne font rien d'autres que se chercher des noises", peste Clive devant un bureau de vote. "Le candidat du parti du Brexit aurait pu être un singe, j'aurais quand même voté pour lui", abonde Bryan. "On veut montrer au gouvernement à quel point on est énervés. Il nous a laissés tomber. On a voté pour le Brexit et on n'a pas de Brexit. Trois ans pour rien."

De son côté, Daniel s'est trouvé conforté dans ses convictions pro-européennes. "J'ai toujours été pro-Europe, ça n'a pas changé", martèle-t-il. "Je pense que la polarisation est de plus en plus importante entre ceux qui n'ont jamais voulu quitter l'Europe et ceux qui veulent la quitter plus que jamais. Mais quel que soit le résultat, cela donnera une idée de l'humeur de la population à ce sujet."

Une polarisation qui se traduit parfois par des accrochages entre pro et anti-Brexit, comme celle ci-dessous, dans laquelle un étudiant en droit se prend un verre d'eau dans la figure, lancé par des soutiens de Nigel Farage.

Les résultats provisoires de l'élection au Royaume-Uni ne seront pas connus avant dimanche soir, afin de ne pas influencer les électeurs des pays appelés à voter vendredi, samedi et dimanche.