Etats-Unis : la mort de George Floyd requalifiée en meurtre, des manifestations sans débordement majeur

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Les menaces de Donald Trump, qui a évoqué l'envoi de militaires pour rétablir le calme, ont attisé la colère de nombreux manifestants et suscité un tollé jusque dans le camp républicain. 1:31
Les menaces de Donald Trump, qui a évoqué l'envoi de militaires pour rétablir le calme, ont attisé la colère de nombreux manifestants et suscité un tollé jusque dans le camp républicain. © Olivier DOULIERY / AFP
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La mort de George Floyd, Afro-américain de 46 ans tué par un policier blanc le 25 mai dernier, a déclenché une flambée de violences dans de nombreuses villes aux Etats-Unis. Mercredi, sa mort a été requalifiée de "meurtre" par les autorités, ce qui n'a pas empêché la tenue de nouvelles manifestations, néanmoins plus calmes qu'en début de semaine.
L'ESSENTIEL

Depuis la mort le 25 mai à Minneapolis de George Floyd, un homme noir asphyxié par un policier blanc, une vague de colère historique s'est levée dans les villes américaines, dénonçant le racisme, les violences policières et les inégalités sociales. Mercredi, des centaines de milliers de manifestants ont de nouveau protesté à travers le pays pacifiquement, loin des pillages et des émeutes qui ont émaillé le mouvement en début de semaine. De son coté, Donald Trump reste silencieux sur les maux dénoncés par le mouvement, mais a en revanche menacé de recourir à l'armée pour mater la rue.

Les informations à retenir :

  • La mort de George Floyd a été requalifiée en "meurtre", et les quatre policiers à l’origine de son arrestation ont été inculpés
  • Des milliers de manifestants se sont de nouveau réunis dans plusieurs villes américaines mercredi, sans débordement majeur
  • La police a procédé à 10.000 arrestations dans tout le pays depuis le début du mouvement

La mort de George Floyd requalifiée en "meurtre", quatre policiers inculpés

Les quatre policiers qui ont interpellé George Floyd à Minneapolis sont dorénavant tous poursuivis par la justice et sa mort a été requalifiée en "meurtre", comme le réclamaient des centaines de milliers d'Américains qui manifestent depuis la semaine dernière, ont annoncé mercredi les autorités.

Derek Chauvin, le policier qui, le 25 mai à Minneapolis, s'est agenouillé sur le cou du quadragénaire pendant plus de huit minutes, provoquant sa mort, avait dans un premier temps été inculpé seulement d'homicide involontaire. Les chefs d'accusation le visant ont été requalifiés mercredi de "meurtre non prémédité", plus grave et passible de 40 ans de prison.

Les trois autres agents qui l'accompagnaient, également renvoyés de la police depuis, sont désormais également poursuivis, pour complicité. Tou Thao, J. Alexander Kueng et Thomas Lane ont tous trois été à leur tour placés en détention. "Nous sommes profondément satisfaits que le procureur général du Minnesota Keith Ellison ait agi de manière décisive en arrêtant et inculpant tous les agents impliqués dans la mort de George Floyd", a réagi l'avocat de la famille.

"C’est une victoire c’est sûr", a déclaré Eli, un New-yorkais croisé mardi soir par Europe 1 dans une manifestation à Brooklyn. "Mais ce n’est pas assez ... Attendons les condamnations. Trop souvent ces policiers s’en sortent, on a vu ça tellement de fois. C'est tout le système qu’il faut changer", a-t-il ajouté, la rage dans la voix.

De nouvelles manifestations

Dans de nombreuses villes des milliers de manifestants étaient de nouveau dans les rues, pour certains bien décidés à braver le couvre-feu comme les nuits précédentes. Les manifestations se sont toutefois poursuivies sans débordement majeur signalé mercredi après-midi. À New York, où le couvre-feu a été prolongé jusqu'à dimanche, et à Los Angeles, la situation semblait en voie d'apaisement, après des scènes de violence et de pillages qui ont fait le tour du monde en tout début de semaine. 

Un important dispositif policier a été une nouvelle fois déployé à Washington, notamment pour boucler l'accès à la Maison Blanche, même si les autorités ont dit s'attendre à des rassemblements pacifiques. Lundi soir, les abords de la Maison Blanche avaient été évacués manu militari pour permettre à Donald Trump de sortir dans la rue et de poser avec un exemplaire de la Bible devant la petite église qui fait face au centre du pouvoir exécutif américain.

10.000 arrestations à travers tout le pays

Au total, la police a procédé ces derniers jours à près de 10.000 arrestations dans tout le pays, selon une estimation reprise par les médias américains, pour des actes de violences, des dégradations mais aussi pour non-respect du couvre-feu. Trois militants d'extrême droite ont notamment été inculpés mercredi à Las Vegas pour incitation à la violence, ont annoncé les autorités locales.

Selon les médias américains, des militants d'extrême droite, parfois lourdement armés, se sont infiltrés dans de nombreuses manifestations. Beaucoup de ces militants se réclament du mouvement "Boogaloo"- un terme employé par les extrémistes qui promeuvent la guerre civile et la chute de la société -, et ont adopté entre autres des chemises hawaïennes comme signe de reconnaissance.

Les critiques de la classe politique contre Donald Trump

En désaccord apparent avec Donald Trump, le secrétaire américain à la Défense s'est lui-même dit mercredi opposé à l'idée de déployer les soldats dans les grandes villes. "Je ne suis pas favorable au décret de l'état d'insurrection", qui permettrait au milliardaire républicain de déployer des soldats d'active face à des citoyens américains, et non des réservistes de la Garde nationale comme c'est actuellement le cas, a déclaré Mark Esper.

Jim Mattis, l'ex-ministre de la Défense de Donald Trump qui avait démissionné, est à son tour monté au créneau pour accuser le président de "diviser" l'Amérique. "De mon vivant, Donald Trump est le premier président qui n'essaye pas de rassembler les Américains, qui ne fait même pas semblant d'essayer", a écrit l'ancien général des Marines, qui n'était jusqu'alors jamais sorti de sa réserve. La réaction du président américain a été immédiate. D'un tweet, Donald Trump l'a qualifié de "général le plus surestimé du monde" et de "chien fou". "Je suis content qu'il soit parti !", a insisté le locataire de la Maison Blanche.

Donald Trump apparaît désormais en premier résultat des comptes suggérés en tapant en anglais le mot "raciste" dans la recherche Twitter. Le fruit d'un algorithme qui ne devrait pas arranger les relations déjà tendues entre le président américain et la plateforme. 

Découvrez le podcast Mister President par Europe 1 Studio

La politique américaine vous passionne ? Vous vous demandez encore comment Donald Trump a-t-il pu être élu ? Découvrez Mister President par Europe 1 Studio, le nouveau podcast d'Olivier Duhamel. De Truman à Obama, de Kennedy à Clinton en passant par les Bush père et fils… le politologue vous raconte l'incroyable histoire des élections présidentielles américaines depuis 1948.

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Barack Obama salue "un changement de mentalité" chez les manifestants américains

L'ex-président Barack Obama a pointé mercredi le "changement de mentalité" opéré chez les Américains qui manifestent contre le racisme. "J’entends des gens dire que ça leur rappelle les années 1960, le chaos, la discorde, la méfiance", a-t-il déclaré lors d'une visioconférence avec des militants. "Je connais assez cette histoire pour dire qu’il y a quelque chose de différent aujourd’hui : regardez ces manifestations, elles sont beaucoup plus représentatives de la diversité de l’Amérique. [...] Il n’y avait pas cette large coalition dans les années 1960", a-t-il estimé, saluant notamment l'activisme de la jeune génération. "Ça me donne le sentiment que ce pays va s’améliorer." 

Dans son premier commentaire vidéo depuis la mort de George FloydLe prédécesseur de Donald Trump a aussi exhorté les autorités à revoir leur politique sur l'usage de la force.

Europe 1
Par Romain David avec Xavier Yvon et AFP