À bord de l'Aquarius, la vie des rescapés en images

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L'Aquarius a été ravitaillé au moins deux fois en une semaine.
L'Aquarius a été ravitaillé au moins deux fois en une semaine. © KARPOV / SOS MEDITERRANEE / AFP
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Depuis sept jours, les migrants sauvés au large de la Libye par SOS Méditerranée vivent sur l’Aquarius. Un semblant de quotidien a dû s’improviser à bord.

Mal de mer, douche, ravitaillement… Les migrants rescapés par SOS Méditerranée au large de la Libye le week-end dernier vivent désormais depuis sept jours en mer. Sur les 629 personnes recueillies par l'Aquarius, 106 sont toujours à bord du navire de l'ONG française. Les autres ont été transbordés vers deux navires italiens qui l'accompagnent, l'Orione et le Dattilo. Après trois jours bloqués entre Malte et l’Italie en raison d'un imbroglio diplomatique entre les deux pays, les migrants ont mis le cap vers l’Espagne, qui a proposé de les accueillir. Mais le périple de 1.600 km est tumultueux : le mauvais temps a contraint les trois navires à détourner leur route via la Sardaigne. Ils devraient gagner Valence d’ici dimanche matin.

Le mal de mer

Jusqu’à peu, Anelise Borges était la seule journaliste présente à bord de l’Aquarius. Sur son compte Twitter et pour Euronews, elle raconte le quotidien de la vie à bord. Dans un post jeudi, la journaliste montre le tumulte des vagues, qui font tanguer le bateau et qui perturbent les rescapés. "Des gens ont dû être déplacés à l’intérieur et à peu près tout le monde a le mal de mer", commente-t-elle. Les équipes ont dû sécuriser le navire, notamment en tendant des cordes sur les ponts, pour que les gens ne glissent pas. 

Le mal de mer a saisi de nombreux migrants, peu habitués à la haute mer, et désormais pris d’étourdissements et de vomissements. "Ma tête tourne, je vomis sans arrêt, c’est difficile", raconte l’un d’eux à SOS Méditerranée, qui a partagé sur Twitter une vidéo de migrants mis à l’abri à l’intérieur du bateau pendant la tempête de la nuit dernière. Mercredi, l'Aquarius avait fait état de vents d'environ 35 nœuds (65 km/h) et de vagues de quatre mètres de haut. 

Le ravitaillement

Outre ces mauvaises conditions météorologiques, la vie à bord de l’Aquarius est également rythmée par les ravitaillements. Le navire a été réapprovisionné une dernière fois jeudi soir par les garde-côtes italiens, près de la Sardaigne. Noix, bananes, soupes en sachet et même jouets pour les enfants ont été apportés : 

Le bateau avait déjà été ravitaillé par les autorités maltaises le 11 juin, en raison du manque de nourriture à bord. "On était limités en termes de vivres, et on était bien au-delà de notre capacité" de 500 places, a expliqué mercredi à l’AFP Aloys Vimard, le coordinateur de Médecins sans frontières (MSF) à bord. 

Comme en témoigne le journaliste espagnol d'El País Óscar Corral, aussi présent sur l’Aquarius, une cagette de nectarines fournies par les garde-côtes italiens jeudi a finalement été jugée impropre à la consommation, et jetée à la mer :

L’hygiène

Les rescapés de l’Aquarius doivent vivre la plupart du temps allongés sur le sol, et dorment sur de minces matelas. Après le transbordement de migrants vers deux autres bateaux italiens mardi, la vie à bord a été facilitée pour ceux restants sur l’Aquarius.

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Les rescapés dorment sur les différents ponts du bateau, pas toujours couverts de la pluie. ©KARPOV / SOS MEDITERRANEE / AFP

Mercredi matin, ils ont notamment pu prendre une douche, et ont reçu une brosse à dent et des vêtements de change. "On peut organiser ce genre de choses avec 106 personnes mais pas avec 630", expliquait Aloys Vimard. Mais les "conditions de vie restent extrêmement précaires", déplore à FranceInter Frédéric Pénard, directeur des opérations sur l'Aquarius, précisant qu'il n'y a que quatre toilettes à bord. 

À leur arrivée sur le bateau, les migrants ont reçu un petit kit de première nécessité, qui contient un plaid, un bonnet, une paire de chaussettes, un gant de toilette, un tee-shirt, un pantalon, ainsi qu’un jus et une barre énergétique d’urgence de 2.400 kcal, comme en témoigne Óscar Corral :

Au fur et à mesure que le voyage s’est rallongé, les rescapés ont dû improviser pour faire leur lessive, ou encore se couper les cheveux… dans un salon de coiffure implanté sur le ponton :

Cinq personnes de MSF sont par ailleurs présentes à bord pour s’occuper des blessés. Elles doivent notamment changer chaque jour les pansements d’une vingtaine de personnes victimes de graves brûlures. "Ces blessures ont été causées par une exposition prolongée au diesel et à l’eau de mer. Ces flaques toxiques s’accumulent au fond des canots pneumatiques", explique l’ONG sur Twitter. Au total, le bateau accueille 51 femmes, 10 enfants et 45 hommes qui ont besoin d’une surveillance médicale. 

L’incompréhension

Aujourd’hui, le temps commence à se faire long pour les rescapés de l’Aquarius, après sept jours passés sur le bateau. SOS Méditerranée raconte sur son compte Twitter le désarroi des passagers en voyant les côtes de la Sardaigne jeudi : "Pourquoi nous ne pouvons pas y aller ?", demandaient-ils.

L'inquiétude avait notamment gagné les esprits lorsque le bateau s'est arrêté entre Malte et l'Italie qui refusaient de les accueillir, et le personnel humanitaire avait dû leur expliquer la situation pour les rassurer. "Ils étaient extrêmement inquiets. La crainte générale était d'être renvoyés en Libye, une personne nous a dit 'je n'ai plus confiance, je préfère sauter à l'eau'", a raconté Aloys Vimard. Ces migrants ont en effet vécu un voyage éprouvant pour gagner la Libye, où la plupart ont subi des violences, voire des tortures. 

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Les équipes du bateau ont expliqué en plusieurs langues aux rescapés que le bateau allait se diriger vers l'Espagne. ©KARPOV / SOS MEDITERRANEE / AFP

Des petits moments de joie…

Aujourd'hui sur le bateau "l'ambiance est bonne", car "les gens ont compris qu'ils allaient débarquer en Espagne", a poursuivi Aloys Vimard. Et l’ambiance est même joyeuse par moments. Lectures, jeux d’enfants… La vie à bord de l’Aquarius a pris un semblant de normalité. Quand certains jouent aux dames sur un plateau en carton, d’autres dansent au son de l’accordéon :

Europe 1
Par Mathilde Belin