Crash de l’A320 : retour sur quatre jours d'horreur

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Chloé Pilorget-Rezzouk avec agences , modifié à
L’ESSENTIEL - Après le crash, mardi, de l’A320 de la compagnie Germanwings qui effectuait la liaison Barcelone-Düsseldorf, Europe 1 revient sur les moments clefs de ces quatre derniers jours.

Le crash. Mardi matin, Europe 1 révélait le crash de cet appareil de la filiale low cost de la Lufthansa, entre Digne-les-Bains et Barcelonnette, dans les Alpes-de-Haute-Provence. L’Airbus A320 s’est écrasé à 10h53 dans une zone très difficile d'accès du sud des Alpes. Celle-ci, loin de toute habitation ou de route, s'étend en effet sur près de 200 mètres de dénivelé, entre 1.600 et 2.000 mètres d'altitude. L’appareil qui avait décollé à 10 heures de Barcelone, en Espagne, devait rejoindre Düsseldorf, dans le nord de l'Allemagne. La chute de l’avion a duré huit minutes. Il transportait à son bord 144 passagers et six membres d’équipage.

Pire catastrophe aérienne depuis 30 ans. Aucune des 150 personnes présentes à bord n’a survécu à l’impact, faisant de cette catastrophe aérienne la pire advenue sur le territoire français depuis plus de 30 ans. Leur mort "a été instantanée" a assuré le procureur de Marseille, Brice Robin, chargé de l’enquête. Les victimes étaient originaires de plus de 18 pays différents, mais l’Espagne et l’Allemagne sont les deux nations accusant les plus grosses pertes avec 52 et 75 morts.

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La première boîte noire retrouvée. Rapidement, plus de 300 gendarmes, 280 policiers, une centaine de sapeurs-pompiers, 70 chasseurs alpins venus de Gap, ainsi qu'une dizaine de médecins-légistes, ont été mobilisés sur les lieux du drame pour les opérations de recherche et d’enquête. L’une des deux boîtes noires de l'A320 a été retrouvée le jour même du crash puis transmise au Bureau d’enquête et analyses (BEA), mercredi. Ce premier enregistreur, le "cockpit voice recorder" (CVR), est fondamental pour l’enquête car il enregistre toutes les conversations des pilotes et tous les bruits entendus dans la cabine de pilotage.

Le copilote Andreas Lubitz a "volontairement permis la chute de l’avion". Cette fameuse boîte noire est à l’origine des terribles révélations de jeudi. Après des fuites parues dans le New York Times, mercredi, le procureur Brice Robin a divulgué une effroyable réalité sur le drame : le copilote Andreas Lubitz, âgé de 28 ans, aurait "volontairement permis la chute de l’avion". Le jeune copilote allemand, avec seulement 630 heures de vol au compteur, a "par une abstention volontaire, refusé d'ouvrir la porte du cockpit au commandant de bord", momentanément sorti aux toilettes, et "a actionné le bouton commandant la perte d'altitude de l'appareil", a décrit Brice Robin, dévoilant un scénario glaçant. "Il n'avait aucune raison d'empêcher le commandant de bord de revenir dans la cabine de pilotage", a insisté le procureur avant d’ajouter que le comportement du copilote s’apparentait "à une volonté de détruire l'avion". Suite à ces informations, la chancelière allemande Angela Merkel a déclaré : "Cette tragédie prend une dimension totalement inconcevable".

Réécoutez la conférence du procureur de la République :

Ce rebondissement dans l’enquête est venu éclairer la zone d’ombre qui demeurait jusqu’à présent sur les huit minutes de descente rectiligne, sans que le centre de contrôle de navigation aérienne ait été prévenu. Mais pour quelles raisons le jeune homme a-t-il précipité l’avion contre la montagne ? Le procureur a déclaré ne pas avoir "le moindre indice" sur les motivations du copilote, mais très vite l'hypothèse d'un suicide a commencé à émerger, la piste terroriste n'étant pas privilégiée.

Hommages et recueillement pour les victimes. Des révélations douloureuses pour les familles des passagers et des membres de l'équipage qui se sont recueillies dans l’après-midi de jeudi, non loin des lieux où s'est écrasé l'Airbus A320. Près de 300 personnes sont ainsi arrivées dans sept autocars à Seyne-les-Alpes et Le Vernet, les deux petits villages de montagne les plus proches des lieux du drame. Les familles des passagers se sont notamment recueillies dans la chapelle ardente comme l’avaient fait la veille, le président de la République, François Hollande, la chancelière allemande, Angela Merkel, et le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy. Une stèle en trois langues, allemand, espagnol, français, a été dressée à la mémoire des victimes.

Le profil d’un copilote "dépressif" se confirme. Lors d'une conférence de presse jeudi après-midi, Carsten Spohr, PDG de Lufthansa, a qualifié Andreas Lubitz de pilote aux "capacités techniques excellentes" et "100% apte à voler", même s'il était beaucoup moins rodé que le deuxième pilote aux commandes de l'A320, le commandant de bord ayant dix ans d'expérience et plus de 6.000 heures de vol. Le président de la maison mère de Germanwings a toutefois précisé qu'Andrea Lubitz avait fait une interruption de plusieurs mois, durant sa formation au centre de pilotage il y a six ans, pour une raison inconnue. Or, le tabloïd allemand Bild, a révélé que, lors de cette "pause", le jeune homme était en réalité allé en établissement psychiatrique.

Andreas Lubitz

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Très vite, le profil du suspect se dessine. Un jeune homme sportif, sociable et passionné de vol à voile depuis son enfance, mais aussi frappé d’une grave dépression. Sa petite amie a confirmé l'information lors de son audition par la police allemande, a-t-on appris vendredi. Cette journée a d'ailleurs été frappée d'un nouveau coup de théâtre dans l'enquête sur la personnalité d'Andreas Lubitz puisque le parquet allemand a annoncé que le copilote avait caché être en arrêt de travail le jour où il a précipité l'Airbus A320 contre le massif montagneux.

Les compagnies aériennes prennent des mesures. Une fois le scénario du drame connu, les compagnies aériennes n’ont pas tardé à réagir pour renforcer la sécurité à bord de leurs appareils. La Lufthansa, Air France, Air Canada et EasyJet ont notamment annoncé jeudi et vendredi la présence permanente de deux personnes dans le cockpit. L'Union européenne envisage elle d'imposer cette double présence, alors que celle-ci est déjà obligatoire aux Etats-Unis. Toujours vendredi, Germanwings a annoncé qu'elle verserait immédiatement une assistance financière de 50.000 euros pour chacune des victimes de l'accident de l'A320 et ce, en attendant une indemnisation plus élevée aux familles. 

Retrouver la deuxième boîte noire et identifier les victimes. Quatre jours après le crash, les équipes mobilisées étaient toujours à l'oeuvre. Il s’agit avant tout pour les enquêteurs, d'identifier au plus vite les corps évacués de la montagne et de retrouver la deuxième boîte noire, qui enregistre les paramètres de vol et les informations techniques de l'appareil jusqu'à l'impact. "On collecte d'abord les éléments biologiques avant les débris", a indiqué un porte-parole de la gendarmerie.

Crash de l'A320 : le difficile travail d...par Europe1fr

Les familles des victimes qui le souhaitent collaborent avec les enquêteurs en participant aux prélèvements ADN pour permettre d’identifier les corps. Une identification qui prendra "des jours et même des semaines", a prévenu la veille le procureur de Marseille.

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