Charles Aznavour, ambassadeur de l’Arménie : un modèle de soft power

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Aznavour, ambassadeur d’Arménie.

Charles Aznavour avait le prénom de dix rois de France et un nom de famille, Aznavourian qu’il avait francisé.
Cela ne l’a pas empêché d’être le plus célèbre des Arméniens.
Il épouse la cause arménienne sur le tard, en se portant au secours des rescapés du tremblement de terre dans ce coin du Caucase. Il ne l’a pas quittée. Il est resté jusqu’au bout son Excellence Charles Aznavour ambassadeur d’Arménie.
Évidemment, la gloire du chanteur est la fierté de la diaspora arménienne. Mais pas seulement. Il a fini par incarner ce peuple martyr. Sans les tubes d’Aznavour, il n’est pas sûr que le Parlement français aurait reconnu le génocide arménien, défiant ainsi la colère des Turcs.
Charles Aznavour, c’est le triomphe du soft power, le pouvoir de l’écriture qui touche les cœurs. Ankara avait mobilisé le patronat, des fonctionnaires, des boites de communication, toutes sortes d’agents d’influence. C’est formidable que toutes ces puissances n’aient pas suffit à contrebalancer l’influence d’un artiste.
En France, les derniers poètes sont les chanteurs mais ils gardent un pouvoir immense.
L’exemple de Charles Aznavour devrait inciter les princes qui nous gouvernent à traiter avec moins de désinvolture le français et la francophonie.

Le sommet de la francophonie se tient justement la semaine prochaine à Erevan, en Arménie

Aznavour sera le grand absent auquel on rendra hommage.

Mais en même temps, la France hissera à la tête de l’Organisation Internationale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, Ministre rwandaise, numéro 2 d’une dictature qui a tout fait pour éradiquer le français. On n’enseigne plus que l’anglais au Rwanda. Cherchez l’erreur.
Elle n’est pas nouvelle.
Louise Mushikiwabo remplacera à la tête du machin, Michaelle Jean, ancienne dignitaire du Commonwealth, qui fut la représentante personnelle de la Reine d’Angleterre au Canada.
Choisie elle aussi, il y a trois ans, par goût du paradoxe.
Ce sont des habiletés de Machiavel en chambre.
S’ils jouent à cela, c’est parce que la francophonie ne leur semble pas un enjeu important.
La vie d’Aznavour qui a servi la langue française comme il a défendu l’Arménie prouve le contraire.