Les Bergamotes de Nancy, douceur acidulée et couleur dorée

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Chaque matin, Anne Cazaubon nous fait découvrir une spécialité du terroir.

Aujourd’hui direction la Lorraine. Place à une petite douceur acidulée, à la couleur dorée, la bergamote de Nancy !

Qu’est-ce que la Bergamote ?

Avant toute chose, rappelons que sans la main de l’homme, la bergamote ne serait pas. Pour une fois que l’on fait un truc, on a le droit de fanfaronner un peu. C’est une pure création donc, une sorte de greffe qui a pris, entre un citronnier et un oranger sauvage. Bref, la Bergamote, c’est une PMA du fruit, une procréation médicale assistée version végétale.

Un croisement, une sorte de "crossover" comme on dit dans les séries TV. Pour vous donner une image, c’est un peu comme un blanc avec des dreadlocks, comme une femme à barbe, comme un roux bronzé, comme Olivier Alleman à jeun… Bref, c’est assez rare !

Alors, si vous parlez de « bergamote » à un lorrain, forcément, il pensera tout de suite au bonbon orange fabriqué à Nancy, sauf que l’on a oublié que la bergamote était un fruit, un agrume extrêmement amer, qui ne pousse pas, et qui n’a jamais poussé en Lorraine, uniquement dans le bassin méditerranéen. En fait, la bergamote est apparue accidentellement sous forme d’hybride, dans les champs d’agrumes d’Italie du Sud, entre les 14 et 15e siècles.

On raconte qu’un italien, un jour, greffa une branche de limettier sur un tronc de Bigaradier et qu’il récolta des fruits verts, qui, en mûrissant, prenaient une jolie couleur citron.

Les arbres bergamotiers ont le sang chaud, et ils aiment les régions chaudes, c’est pourquoi on en trouve dans la région de Calabre, à l’extrême sud-ouest de l’Italie, et de manière générale, tout autour du Bassin méditerranéen.

Alors comment est-ce que ce fruit a traversé la France sans prendre un IDzen en prem’s et se retrouver dans un wagon bondé d’enfants surexcités qui cherchent des Pokémon Go sous les fauteuils ? La question reste entière.

Comment est-ce possible ?

En fait durant le Moyen-Age, ce sont des pèlerins italiens qui se rendaient à la Basilique St Nicolas-de-Port, près de Nancy, qui avaient dans leurs sac à dos, un peu de Bergamote pour se requinquer le long de la route.

Un peu plus tard, en 1751, on retrouve, dans des écrits, les traces d’une pastille faite avec de l’essence de Bergamote "pour donner le goût", et dont le Duc de Lorraine aurait été très friand. A partir de ce moment-là, la bergamote est exclusivement réservée à la Royauté et le chef de cuisine du Roi Stanislas se met à confectionner du Sucre d’Orge à la Bergamote, rien que pour ses papilles. 

En 1850, sur l’idée d’un de ses amis parfumeur, un confiseur aura l’idée de marier l’essence bergamote (que l’on recueille après avoir pressuré plusieurs fois l’écorce) au sucre cuit. C’est lui qui donnera au bonbon sa forme carrée.

Au milieu du 19e siècle, beaucoup de confiseurs nancéiens tente de s’approprier cette sucrerie, flairant le filon.

Et c’est lors de l’exposition internationale de l’Est de la France de 1909 que la Bergamote de Nancy acquiert ses lettres de noblesse et une notoriété internationale.

Les Bergamotes de Nancy vont même faire du cinéma

Souvenez-vous, en 2001,dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, La jeune Amélie découvrait les souvenirs d’enfance d’un petit garçon dans une vieille boîte de Bergamotes de Nancy. Vous savez, ces vieilles boîtes rouillées en fer blanc dans lesquelles on oublie, à dessein, quelques souvenirs d’enfance.

On raconte d’ailleurs, que les objets qu’il y avait dans la boîte appartenaient aux années d’études qu’avaient passé le réalisateur Jean-Pierre Jeunet à Nancy. Heureusement qu’Amélie n’avait pas trouvé la mienne, parce qu’elle n’aurait pas été déçue du voyage… Elle y aurait trouvé un petit poney avec une crinière nouée en tresse africaine, une Barbie scalpée et maquillée "maison" au marqueur indélébile, un kiki passé en machine 124 fois, un jeton de puissance 4 et l’os de vœu du Docteur Maboul. Amélie, incarnée par Audrey Tautou, découvrait cette boîte de manière tout à fait fortuite derrière une plinthe. C’est aussi un clin d’œil aux années d’études à Nancy de Jean-Pierre Jeunet, le réalisateur du film.

C’est vrai que depuis toujours, les Bergamotes de Nancy sont vendues dans des boîtes en fer blanc, sur lesquelles figurent souvent des vues de la place Stanislas, ou les grilles de Jean Lamour, emblématiques de Nancy sur lesquelles on trouve des chardons lorrains  et croix de Lorraine. C’est vraiment le meilleur moyen de conserver les bergamotes de Nancy, à l’abri de la lumière et de l’humidité pendant plusieurs mois.

Comme pour de nombreuses spécialités, beaucoup d’appelés, et peu d’élus puisque la Bergamote, en 2012, a été labellisée IGP. Seul ce label Indication géographique protégée garantit l’appellation "véritables bergamotes de Nancy".

33 tonnes de bergamotes sont commercialisées chaque année.