La Tielle Sétoise ou tielle de pouffre

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Chaque matin, Anne Cazaubon nous fait découvrir une spécialité du terroir.

Aujourd’hui, direction le midi, avec un plat typique de l’Hérault, une succulente spécialité culinaire de la ville de Sète, la Tielle sétoise. Il s'agit d'une sorte de tourte à base de poulpe et de sauce tomate pimentée.

La tielle, ça vient de "tiella" en italien, c’est un peu aux antipodes de nos ventres en ce moment, puisque ça veut dire "plat".
Tout commence par une histoire de poulpe. Si vous connaissez la ville de Sète, vous connaissez certainement la place de sa mairie sur laquelle est érigée une magnifique statue de poulpe. Le poulpe est l’emblème de la ville de Sète d’ailleurs ils l’appellent "le pouffre".
Du coup, leur spécialité, ils appellent ça "la tielle de pouffre".

D’où vient "la tielle de poulpe" ?

Au départ, cette magnifique tourte vient d’Italie, elle est arrivée dans les bagages des migrants italiens du port de Gaeta, au nord de Naples, à la fin du 19e siècle.
Pour être plus précis, la Tielle vient de la petite bourgade de pêcheurs de Borgo de Gaete (en Italie donc) qui fut un temps sous domination espagnole. A l’époque, tout le monde tente de survivre avec les aliments de base de la pâte étalée, un peu d’huile, quelques anchois et des olives. vous avez compris, ils font ce qui devait ressembler à l’ancêtre de la pizza ordinaire.
Mais les italiens remarquent que leurs envahisseurs d’espagnols ajoutent un petit détail qui fait toute la différence sur la tarte, un couvercle de pâte par-dessus. Une méthode que l’on retrouve dans leur cuisine comme dans les empanadas, ces petits chaussons farcis.
Au départ, ils trouvent cela un peu spécial, puis ils réalisent que ces tourtes se conservent bien mieux et bien plus longtemps que leurs pizzas qui sèchent aussitôt, à l’air libre.
Les italiens ont donc copié les espagnols, en recouvrant leur pizza. Pour des soucis pratiques et techniques, on arrêta de mettre la pizza sur la sole du four, mais dans un plat de terre cuite appelé "Teglia" et la Tielle était née.

A Gaeta, dans ce petit port italien, on va décliner la Tielle de plusieurs façons. Il y a la "tielle de la mer", avec du poulpe, aux sardines, aux anchois ou encore aux crevettes.
Et puis la Tielle dite "de la terre" avec de la scarole, des pignons, des œufs et des courgettes.

C’est ce qui se passe en Italie, mais comment est-ce qu’on la retrouve en France ?

Les pêcheurs italiens s’installent à Sète, et autant vous dire qu’ils ne roulent pas sur l’or. Leurs enfants vont à l’école avec des cartables faits de morceaux de vieilles voiles de bateau cousues. Les mamans leur glissent dans les poches des "tielles de pouffre" pour le déjeuner qu’ils dévorent en cachette parce que les petits enfants Sétois mangent eux, des croissants du boulanger.
A l’époque, le reste de la ville de Sète n’est pas du tout au courant de ces us et coutumes des napolitains, qui vivent entre eux, et dans la plus grande pauvreté, avec une nourriture tirée de la pèche.
Et puis dans les années 30 le vent tourne, une sétoise, mariée à un italien, est installée devant le pont de la civette, tous les jours, pour vendre ses fruits de mer. Cette femme, Adrienne Pagès, va avoir une idée de génie, elle se dit qu’il serait bon de lutter contre le gaspillage alimentaire. Elle remarque que certains de ses produits se vendent très mal. Chaque jour, les poissons et les crabes partent comme des petits pains, les gens se disputent la plus belle lotte ou le meilleur maquereau mais sur l’étal, restent les poulpes. Comme dans une école maternelle, ces derniers enfants qui attendent qu’on vienne les chercher à l’heure des mamans.
Comme ce petit rondouillard ou cette fillette à lunettes, qui ne sont jamais choisis lors des compositions d’équipe de foot ou de volley au collège et qui restent sur le banc, désœuvrés et délaissés.
Adrienne a décidé d’en faire un plat, de cuisiner quelque chose autour de ces recalés, de ces rejetés… 

La tielle sétoise est une tourte traditionnellement faite à partir de poulpe mais on peut aussi la faire avec de petites seiches et leurs tentacules ou encore des calamars.
Donc c’est un plat salé bien sûr que l'on sert en entrée, avec une petite salade verte ou alors on peut en faire le plat principal, si elle prend la forme d’une grande tourte.
Aujourd’hui, c’est vraiment devenu une véritable institution de la gastronomie sétoise. On trouve cette spécialité en vente dans les nombreuses fabriques artisanales de tielles de la ville, elle est également proposée par de nombreux restaurants.