Réforme de l’ENA et de la haute fonction publique : quelle sont les premières orientations de la mission ?

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L'édito politique est une chronique de l'émission Trois heures d'info
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Chaque matin, Michaël Darmon évoque un sujet précis de la vie politique.

Pendant la campagne des Européennes, ce qu’on appelle l’acte 2 du quinquennat est lancé et en particulier sur un domaine symbolique, la Haute fonction publique. Michaël Darmon nous révèle les premières pistes de cette réforme ultra-sensible.

On ne le voit pas encore mais ce pourrait bien être la réforme la plus profonde du quinquennat. Changer la culture des hauts fonctionnaires de manière à refonder toute la relation entre le peuple et ses élites, c’était l’aveu même du président de la République en novembre sur le Charles de Gaulle lors d’une interview à TF1, "à réconcilier le peuple Français avec ses dirigeants", disait-il.

Les grandes lignes de la réforme sont arrêtées et seront publiques dans quelques jours. Ce que Michaël Darmon peut déjà vous révéler c’est que ce qui va changer c’est le mode de recrutement qui sera plus ouvert aux différentes strates de la société, de manière à refléter la diversité française.
80% des élèves de Polytechnique sont issus des catégories supérieures par exemple.

Ensuite, "décloisonner", c’est le maître mot.
Pour cela la nouveauté c’est que les futurs hauts fonctionnaires déjà affectés à leur corps auront une formation en tronc commun d’un an environ, avec des stages en alternance sur différents terrains.
L’objectif est de mieux se connaître et créer des mobilités ensuite entre les différents secteurs de la Haute fonction publique qui compte aussi les commissaires de police, les directeurs d’hôpitaux et de collectivités.
Enfin, les parcours de carrière seront aussi réformés.

Polytechnique a été créée en 1794 et l’ENA a 65 ans, mais jamais la Haute fonction publique n’a été réformée malgré de nombreux rapports. Pourquoi cette fois ce serait la bonne ?

Il y a une volonté politique et une urgence. La crise des Gilets jaunes a symboliquement pointe les élites devenues repoussoir et le symbole d’un État accusé de vivre en caste.
Pour mener à bien cette mission, Frédéric Thiriez (grand connaisseur de la machine de l’État et ancien président de la ligue de foot) a été chargé par le président et le Premier ministre de repenser la première division des fonctionnaires, en phase avec le monde et notre époque.
Plus question de décider de manière pyramidale mais favoriser le dialogue et la concertation. C’est à ce moment que l’on comprend que cette réforme est très ambitieuse parce c’est d’abord une réforme des mentalités au cœur de la monarchie institutionnelle de la cinquième République avec un appareil d’État habitué à centraliser depuis des siècles.
Alors il faut au moins un Frédéric Thiriez (expert en joueurs de haut niveau) pour former les futurs Zidane de la fonction publique, faute de quoi les Français ressortiront les cartons et les Gilets jaunes.