EDITO - "2019 aura été l’année où Emmanuel Macron s’est retrouvé seul face à la rue"

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Le fait politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Ce samedi, Hadrien Bect revient sur les manifestations qui ont rythmé l'année. Pour le journaliste, le président de la République devra toujours composer en 2020 avec le risque de l'embrasement social.

Cette année 2019 s’achève avec une grève toujours en cours contre la réforme des retraites, 24e jour ce samedi, avant une nouvelle journée d’action déjà prévue pour le 9 janvier, conclusion d’une année où une partie des Français sont redescendus dans la rue. Ceux sur les ronds-points avec leurs gilets jaunes contrastent avec la rue de cette fin d’année, plus parisienne. Plus classique aussi : celle des drapeaux et banderoles de la CGT et Force Ouvrière, où les interlocuteurs sont bien identifiés. Mais ces deux mouvements, apparemment très différents, se rejoignent. Ils expriment une crainte, un malaise : la peur du déclassement pour ceux qui contestent la réforme des retraites, le constat de ce même déclassement pour ceux qui ont revêtu un gilet jaune.

Le Grand débat a joué un rôle

Dans les deux cas, on se bat contre les inégalités sociales existantes ou qui seraient à venir. Par la rue, la fracture sociale à la Chirac 95 fait un retour fracassant sur le devant de la scène. On ne parle plus que de cela, illustration criante que la classe politique avait oublié que la question sociale restait latente dans la société française.  Emmanuel Macron a été confronté de plein fouet aux mouvements sociaux. Les manifestants promettaient même l’échafaud au chef de l’Etat, ainsi qu’à la première dame.

La bascule a sans doute été faite lorsque le Président a débloqué 10 milliards il y a un an, et avec le début mi-janvier du Grand débat national. Vivement critiqué par l'opposition, il a quand même permis de déverser une partie de la colère des ronds-points vers les salles communales et les gymnases. Plus d’intermédiaires entre les Français et lui, partis politiques comme syndicats, marginalisés par son élection et sa volonté. Le président a été contraint de se frotter à la colère, des heures durant, souvent en direct sur les chaînes d’informations en continue. Exercice de communication rondement mené où Emmanuel Macron s'est justifié parfois et a fini par reprendre des couleurs dans l’opinion.

"Emmanuel Macron semble avoir retenu la leçon"

Mais en cette fin d’année, un autre coup de vent social survient  : le mouvement contre la réforme des retraites. Prévisible, attendu, cette fois. Et là, Emmanuel Macron semble avoir retenu la leçon : les syndicats sont invités à la table des négociations, le président ne s’expose presque plus, se veut "en surplomb" et laisse son Premier ministre en première ligne. Mais la fin de l'épisode est encore à écrire. 

Cette année aura finalement été une réplique du tremblement de terre de 2017, conséquence du big bang politique de la présidentielle : une opposition toujours en léthargie, des syndicats qui peinent à retrouver une légitimité. 2019 aura été l’année où Emmanuel Macron s’est retrouvé seul face à la rue, et in fine face aux Français. Pour le politologue Pascal Perrineau, il émerge désormais une forme de « démocratie manifestante ». les Français peuvent y avoir pris goût… encore plus ceux qui sont hostiles au chef de l’Etat. En 2020 et après, Emmanuel Macron devra donc composer avec deux risques : celui d’une nouvelle poussée de fièvre spontanée et incontrôlée… et son corollaire politique : la crainte de l’embrasement qui engendre l’immobilisme.