4:01
  • Copié

Tous les matins après le journal de 8h30, Emmanuelle Ducros dévoile aux auditeurs son «Voyage en absurdie», du lundi au jeudi.

Une expérience scientifique aussi intéressante qu’intrigante ce matin, menée par l’Université de Bretagne Occidentale, à Brest. Un projet auquel tout le monde est invité à se joindre. C’est un peu dégoûtant, mais c’est pour la science : une collecte de moisissures alimentaires.

Tendez l’oreille, ce n’est pas tous les jours que vous aurez l’occasion de faire avancer la connaissance en ouvrant votre placard pour y traquer des trucs tout moisis. Un vieux bout de fromage moussu, une orange bleue, un gâteau plein de filaments suspects. Parfait, surtout, ne jetez pas.

C’est le journal 20 minutes qui raconte : L’Université de Bretagne Occidentale s’est lancée dans un projet qui porte mal son nom, puisqu’il s’appelle Mynion.

Les chercheurs veulent « combler le déficit de connaissances scientifiques sur les moisissures » en rassemblant au moins 500 échantillons de moisi, grâce à vous. Il faut s’inscrire, répondre à un questionnaire. On reçoit un kit de prélèvement et on expédie au labo.

Qu’est-ce qu’ils vont faire avec tout ce moisi, les scientifiques bretons ?

Ils vont l’étudier pendant 4 ans. Distinguer les moisissures les unes des autres, il y en a des milliers de sortes, de l’aspergilus au pénicilium en passant par le botrytis. 

Les chercheurs veulent comprendre comment ces champignons microscopiques se propagent, à quels aliments ils s’attaquent, ce qu’il produisent comme effets sur la nourriture.

Certains sont utilisés exprès, comme les moisissures du fromage, d’autres sont à risques, car elles produisent des mycotoxines.

Ces travaux vont servir à quelque chose, concrètement ?

À plusieurs choses. D’abord, à éclairer le grand public sur la dangerosité de certaines de ces moisissures et sur l’innocuité d’autres.

Ensuite, réduire le gaspillage alimentaire en évitant que les consommateurs jettent systématiquement les aliments moisis. On va pour cela établir des recommandations simples : Peut-on les manger ? Que faut-il couper ? Et quand il faut-il absolument tout jeter ?

Derrière le travail de cette université bretonne, il y a tout un pan émergent de la science qui s’intéresse à la biodiversité des micro-organisme.

Là, on parle de moisissures, mais ça va au-delà. La France vient de lancer un programme de recherche d’une centaine de millions d’euros,  appelé « Ferments du futur ».

On veut faire connaissance avec des millions de bactéries, de moisissures, des levure, qui donnent aux aliments du goût, une texture, une acidité, une durée de conservation.

On sait qu’ils sont là, on les utilise intuitivement ; on leur doit les trous du pain, la texture des yaourts, la saveur de la bière, la conservation du saucisson, mais on les connaît mal.

Et ça ouvre des pistes fascinantes.

On va essayer de domestiquer des bactéries pour profiter de leurs propriétés. Seules, ou en combinaison.

Les applications seront sans doute très variées. On peut imaginer des fromages végétaux bien consistants, des produits qui, grâce aux arômes naturels donnés par les bactéries, n’auront plus besoin de sel ou de sucre. Il sera aussi possible de rendre plus digestes des protéines végétales.

Ça aura de l’intérêt pour changer les régimes alimentaires.

On peut aussi imaginer des aliments qui se garderont mieux, sans conservateurs artificiels.

Et puis il y a tout un volet pour la santé… Cette micro biodiversité interagit aussi avec notre microbiote, notre paysage bactérien personnel, qui est aussi unique qu’un ADN. On pourrait, grâce à des aliments sur mesure, prévenir des maladies, améliorer le métabolisme.

Ça nous a mené loin, notre histoire de moisissures....Vous ne regarderez plus jamais le reste de petits pois oublié le frigo de la même manière.

Vous pouvez même prétendre que c’est par amour de la science que vous le laissez moisir.