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Tous les matins, Emmanuelle Ducros dévoile aux auditeurs son “Voyage en absurdie”, du lundi au jeudi.

Bonjour Emmanuelle, Le repos dominical est un principe du droit du travail. Mais un principe qui connaît de très nombreuses dérogations, pas toujours très bien mesurées dans l’opinion publique. On considère que ça reste une exception quand on n’est pas directement concerné. La Dares, un bureau du ministère du Travail chargé des statistiques, a publié hier un panorama intéressant sur la réalité du travail du dimanche. Il est plein de surprises.

J’ai été stupéfaite en lisant hier les résultats de l’étude de la Dares. On s’intéresse ici à tous les Français de plus de 15 ans qui ont un emploi. La Dares a comptabilisé ceux qui sur une période donnée de quatre semaines ont travaillé au moins un dimanche (parfois plus). Figurez-vous que cela concerne 23,5% des Français. Presque un sur quatre ! Autre point intéressant : les femmes travaillent un peu plus souvent le dimanche que les hommes. Et ça, ça inclut les femmes seules avec enfant. Toutes ces données doivent vraiment éclairer le débat sur le travail, notamment dans les secteurs en tension ou en crise. Elles doivent guider les éventuelles réglementations, les compensations et les accompagnements.

Qui sont ces Français qui travaillent le dimanche ?

Pour les secteurs d’activité, certains sont attendus, d’autre moins. Évidents, les métiers en lien la protection et la sécurité des personnes et des biens, le travail dominical est une règle majoritaire, il concerne 54% des effectifs. Attendus aussi, les métiers de la santé, avec un pic pour les personnels hospitaliers : 6 sur 10 travaillent le dimanche. Surpeprésentés, les personnels de l’hôtellerie et de la restauration : plus de 4 sur 10 travaillent le dimanche. Plus surprenant peut être, parce que c’est un travail invisible le jour où les écoles, les collèges et les lycées sont fermés : un enseignant sur deux est compté comme travaillant le dimanche.

La catégorie qui connait le moins le repos dominical ?

De loin: les agriculteurs. Les trois quarts d’entre eux travaillent au moins un dimanche par mois. Les ouvriers, à l’inverse, ne sont que 13% dans le même cas. Autre enseignement : les indépendants ne comptent pas leurs heures les dimanches. Le statut révèle de grandes différences face au travail du dimanche. Les salariés sont 20% au moins un dimanche par mois. Les indépendants, 40%. Ca, c’est aussi une chose qui doit être prise en compte dans les politiques publiques et les éventuelles évolutions de la réglementation. Ce chiffre cache des réalités très différentes.

On a là des chefs d’entreprise plus ou moins grosses, qui travaillent pour eux-mêmes et par choix... mais aussi toute la masse des travailleurs uberisés, livreurs, chauffeurs VTC etc, qui, eux, sont régulièrement victimes d’abus, dans ce qui est encore un far west du droit du travail. Ce sont eux qui passent au travers des législations sur la limitation du temps de travail et ne bénéficient pas des repos prévus par la loi.